Écoutez le témoignage


Nous retrouvons là la solidarité déjà manifestée lors du battage, du défrichage ou de la démolition d'un talus.
Pour un fermier, le transfert d'un village à un autre demandait surtout des hommes et des charrettes. La manutention était importante et parfois délicate. Les voisins étaient, bien sûr, de sortie mais également les futurs voisins offraient aussi leur service ; une manière de venir à la rencontre de celui qui allait rejoindre bientôt leur communauté.
Les femmes s'occupaient du linge et du repas. Le soir, elles rejoignaient le groupe amenant dans un panier, une livre de beurre en guise de cadeau. Trois spécialistes se distinguaient à cette occasion : le menuisier qui assurait démontage et remontage des meubles ; le charron qui avait construit le pressoir : quelques dimanches auparavant, il était passé prendre les mesures des portes par où devait passer la vis liée au tronc de chêne servant de support (il était appeler bélier) ; le paysan horloger enfin qui, dès le matin, arrêtait délicatement les aiguilles de la grande horloge. Il en assurerait le transport et, bien entendu, la remise en route le soir même.


Nous sommes dans la deuxième quinzaine d'août. La moisson est terminée et les labours de l'automne sont pour plus tard. Une pause bien méritée en somme, pour ces chevaux et leurs maîtres. Avant tout, il s'agissait d'une fête religieuse. L'occasion de bénir et, par conséquent, de protéger le cheval auquel on doit tout. Le cheval est accompagné de tous ses supporters, qu'ils soient venus à pied ou en char à bancs. Comme lui, ils participeront à la procession et à la messe. Il est particulièrement soigné, habillé, paré. La queue et la crinière tressées et ornées de fleurs. Il donne l'impression d'en être fier lui-même. Il doit tenir son rang car il est connu de tous dans un rayon de quelques kilomètres. Pour les chevaux les plus doux, il était courant que ce jour là, exceptionnellement, ils soient montés par des adolescents.
Cette chapelle dite de Saint-Roch se trouve entre Pont-Augan et Quistinic, non loin du Blavet. Depuis bien longtemps, les chevaux ne viennent plus à elle.


Baud était réputée pour son marché aux porcelets. Chaque samedi, c'était le grand rendez-vous au champ de foire. Le char à bancs s'y prêtait bien si la portée n'était pas mise en vente dans la totalité. Aller au marché dans ces conditions devenait une sortie et la présence de la femme s'imposait ; d'abord pour les soins qu'elle avait apportés aux porcelets, mais également pour faire les commissions et achats dans le cas où les bêtes seraient cédées à un bon prix.
Le porcelet ne s'achetait pas à l'unité mais par deux et l'appétit favorisait un meilleur engraissement, disait-on ! La livraison à domicile sur le chemin du retour était chose courante. Le cheval aussi était de sortie. Tirer un char à bancs était aisé, si l'on pense au tombereau de chaque jour. Avant d'être attelé, l'animal avait reçu un toilettage des grands jours. Quand la route le permettait, il n'était pas interdit de trotter !


Une fois l'an, les cultivateurs venaient à Kergonan faire le lagout.
Maria Collo était installée en fixe près du lavoir sur le terrain de la communauté. Le lavoir était ainsi un centre particulièrement actif : laveuses, « alambic », le charron parfois. Les gens du village ne manquaient pas de prétextes pour venir aux nouvelles, car c'est bien là que se faisait l'information !
Le cultivateur venait pour la journée, portant son bois, le plus sec possible s'il ne voulait pas subir la mauvaise humeur de celle qui entretenait le feu. Il apportait également son échelle « à cidre » pour descendre et faire égoutter les tonneaux.


Notre forgeron de campagne était plus proche du cheval qu'il servait que du métal qu'il travaillait. Il connaissait ainsi par leur petit nom plus d'une centaine de chevaux. Leurs sabots qu'il voyait régulièrement n'avaient pour lui aucun secret. Il intervenait également sur tout ce qui pouvait être tiré par un cheval : charrettes, charrues, herses… etc.
Sa forge était généralement collée à un bistrot. A ce propos, mon père ajoutait qu'un forgeron qui travaille au feu et dans la poussière de charbon se devait d'être proche d'un comptoir ! Dans le hameau de Kergonan, le café en question servait la soupe à midi aux enfants de l'école. De midi à 14 heures, notre contact avec l'activité de cette forge valait bien une leçon de choses !
En breton, forgeron se dit gov et la taupe goz. Certains affirment qu'il s'agit du même mot ; comme la taupe, le forgeron est noirci au contact du charbon, comme la taupe, il n'a pas besoin de lumière pour faire son métier : le fer incandescent doit être battu dans l'obscurité.
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Nous sommes à Kergonan chez Marianne et Mathurin Le Floc'h en 1946, tout de suite après la guerre. Mon oncle avait associé à son bistrot un couple de sabotiers venus de Camors, un forgeron et un bourrelier à la jambe raide. Les motifs ne manquaient donc pas pour s'arrêter un moment au bistrot. Comme le même bistrot faisait office de cantine scolaire, entre midi et deux, les enfants trouvaient à se distraire. Plus tard, les chevaux se faisant plus rares, forgeron et bourrelier disparaîtront et les enfants rentreront dans la cour de l'école après leur repas.


Le défrichage manuel se pratiquait régulièrement pour renouveler le "lannec", c'est-à-dire les petites parcelles plantées d'ajonc pour le cheval. Exceptionnellement, le défrichage permettait de transformer une parcelle de lande en terre labourable. C'est l'objet du tableau. La présence de racines et de roches rendait ce travail difficile. Il s'agissait forcement d'un travail collectif dit "corvée". Il fallait quelques hommes plutôt forts, mais aussi deux ou plutôt trois chevaux qui avaient déjà fait la preuve de leur capacité à coopérer dans un même attelage. La grande charrue en bois comportant un socle unique en fer existait plus ou moins dans chaque exploitation. Un homme conduisait les chevaux. Deux autres se chargeaient de tenir la charrue. D'autres hommes, munis d'une lourde houe, arrachaient les racines et pierres pouvant bloquer le socle. La guerre 39-45 terminée, le tracteur sera le bienvenu pour ce travail.


A l'approche du Blavet, de nombreux ruisseaux roulent assez d'eau pour actionner les roues à aubes. Côté rive gauche, à hauteur de Pont-Augan, le ruisseau de Lambézégan faisait tourner trois roues dont l'une servait à moudre le blé noir. J'y ai bien souvent accompagné mon père. Sur place, il fallait s'occuper, le temps que le moulin fasse tranquillement son travail. Parfois, il m'arrivait d'aller saluer ma grand-mère dans le village tout proche de Kerdoret. Mon grand-père serait tombé accidentellement dans le bief. Il avait été repêché, non sans difficultés. Les mauvaises langues ajoutaient que l'obscurité n'était pas la cause principale de sa chute... Le cidre chaud servi généreusement par le meunier David y aurait été pour beaucoup.


La commune de Languidic était avantageusement plantée en pommiers à cidre. Tous les deux ou trois ans, il y avait une importante production qui nécessitait un écoulement vers les cidreries industrielles. Cela se faisait à partir de la gare de Baud. Un démarcheur passait dans les fermes, fixer la date et les conditions. Le jour convenu, toutes les charrettes convergeaient vers la gare, celles qui venaient de loin étaient tirées par deux chevaux.
Chaque agriculteur assurait lui-même le transvasement dans les wagons. Il avait pour cela amené sa pelle creuse. Pour les enfants des écoles, c'était une bonne journée. Ce trafic de charrettes et de chevaux était un spectacle et, pour le retour, devant le café du coin, on trouvait toujours quelqu'un qui nous ramenait à la maison.
