LE TÉMOIN

Identité
Lucien Pouëdras naît le 31 janvier 1937 à Languidic dans le Morbihan.
Jusqu’en 1960 : il demeure dans la ferme de ses parents, dans un village de quatre exploitations en Bretagne intérieure.
En 1964 : Il séjourne en Suisse, à Lausanne, pour ses études de gestion d’entreprises. Lucien Pouëdras découvre le monde urbain.
En 1968 : Il s’installe à Paris en qualité de conseiller d’entreprises et fonde une famille de trois enfants.
En 2005 : Il cesse l’activité professionnelle et se consacre entièrement à la peinture.
Démarche
À partir de 1960, Lucien Pouëdras est au cœur des mutations profondes conduisant à l’économie moderne. Le remembrement l’interpelle.
Il s’interroge : Pourquoi le progrès devrait-il disqualifier le travail des générations précédentes ? Éloigner nos parents et grands-parents ?
Il constate : En Suisse, la modernité s’installe sans rupture avec le passé, entre monde rural et monde urbain.
Il rassemble et souligne tous les repères qui, de son point de vue, devraient trouver un prolongement dans la modernité.
Naissance du peintre
La démarche de Lucien Pouëdras s’exprime à trois niveaux :
L’enfant entre 5 et 14 ans se souvient de son vécu.
L’adulte cherche à préciser les souvenirs de l’enfant, pour mieux les placer face à la modernité arrivée trop brutalement à son goût.
Le peintre naît à force de vouloir retrouver les lieux, l’atmosphère du « comment c’était ».
C’est le peintre qui aura toujours le dernier mot, laissant l’adulte préciser par écrit ce que le pinceau n’aura pas exprimé dans la toile. Il s’agit du travail d’un autodidacte, d’où une exécution naïve.
Ce travail commencé en 1970 restera caché derrière la vie professionnelle du peintre, soit 200 toiles en 40 ans.


La peinture
La peinture de Lucien Pouëdras est singulière : dans sa préparation comme dans son exécution, la toile va obligatoirement être reliée au calendrier, au fil des saisons.
Elle est rare : partant du vécu de l’enfant, la toile sera reliée à un lieu qui aura forcément existé, entre 1940 et 1960.
Elle est fidèle : l’événement saisi va entraîner dans la toile tout ce qui aura participé à l’atmosphère de cet événement. Ainsi c’est un petit territoire à l’échelle de l’enfant qui sera reconstitué. Peu importe la perspective, tous les composants seront à leur place : chemins, arbres, parcelles, bruits, etc…
La palette : Lucien Pouëdras utilise la peinture à l’huile directement en sortie du tube.
Il ne sait pas expliquer les tonalités car elles résultent des différentes couches qui se superposent sur la toile et cherchent à retrouver la bruyère de juillet, la primevère de mars, la pensée sauvage de septembre, le trèfle incarnat de juin, l’oseille sauvage d’avril ou l’orchidée de juin. La structure des arbres sera expliquée en hiver dès que les feuilles auront abandonné les branches. Le ciel ne sera pas matérialisé, seule sa lumière se retrouvera sur les végétaux.
Citation
« La peinture de Lucien Pouëdras est donc rare à plus d’un titre, que ce soit par la singularité de sa démarche, dont on ne peut séparer le documentaire et l’artistique, ou par le choix de ses sujets, souvent marginaux chez les artistes.
Mais il faut aller plus loin et considérer que le peintre nous présente également un véritable catalogue d’une biodiversité en partie disparue sous les attaques du remembrement, livrant ainsi un témoignage didactique dont la force tient aussi à la multiplicité des aspects de la vie rurale ainsi présentée.
C’est donc, et ce n’est pas là le moindre des paradoxes de l’œuvre de Pouëdras, une peinture moderne, actuelle, qui nous livre les clés du passé pour mieux nous faire réfléchir à l’avenir. »
Olivier Levasseur, universitaire, auteur de plusieurs ouvrages d’histoire et de monographies d’artistes.