

Un grand moment pour un enfant de voir ainsi la charrette sur une seule jambe!
Mon père, seul, à l'aide d'un levier dédié à cette intervention, était en mesure de faire ce travail, ce qui nous impressionnait encore plus!
Avec mes camarades, nous avions l'habitude d'imiter les grands et bien souvent, nous mettions sur le côté une brouette, le temps à notre tour, de graisser la grande roue! Durant la manœuvre, je devais tenir le pot à graisse, c'était aisé et cela donnait l'occasion d'être complètement dans l'action! Dès que la roue reprenait sa place sur l'essieu, mon père la lançait pour la faire tourner très vite dans le vide.
Le grand-père tient sa place habituelle, donnant la main aux plus petits, tout en donnant les explications utiles.Le cheval à la fenêtre paraît s'intéresser. Après tout,il s'agit de sa charrette et désormais, elle sera plus souple à tirer.


Autrefois, tout récoltant avait un droit à distiller du cidre pour sa propre consommation : environ 20 litres de calva à 50 degrés ! Le bouilleur de crus s’installait dans le village le temps de traiter les différentes exploitations. Cela se passait à partir de novembre dès que le cidre nouveau prenait la place de celui de la récolte précédente. Le vieux cidre trop aigre était ainsi disponible pour la distillation. Les journées étaient courtes en cette période de l’année, la « machine » continuait son travail une fois la nuit tombée. C’était donc l’occasion pour les hommes du village de se réunir autour de l’alambic ! Cela se passait dans une atmosphère très particulière : L’obscurité, le silence, l’odeur de l’alcool et de la pomme cuite, la fumée, le tout proche de la douce chaleur de la chaudière ! La conversation à voix basse laissait de la place à la dégustation du filet de calva qui s’échappait de l’alambic.


L'arrachage de la pomme de terre avait lieu autour de la mi-septembre.
Le beau temps était nécessaire afin que la terre se détache bien.Plus il y avait de poussière et mieux c'était disait mon père !
En fin de journée la récolte du jour était si possible logée dans une remise ou dans le grenier.
Les enfants les pieds nus poussaient les tubercules vers le panier placé sous l'échappement du tombereau.
Les adultes portaient sur l'épaule les paniers chargés.
Les pommes de terre dites "menues" étaient destinées au repas des porcs.
Ce chantier, arrachage l'après-midi, et mise à l'abri le soir durait une bonne semaine.Juste avant la rentrée scolaire du premier octobre.


Un moment bien agréable à l'occasion des foins!
Les journées sont longues en cette époque de l'année et une pause sera la bienvenue!
Tout à côté des bâtiments de ferme, il y avait toujours un ou deux cerisiers. Les enfants grimpaient les pieds nus, coupaient les branches les plus fournies et les jetaient vers les femmes qui les attendaient le tablier ouvert.
Il restait à faire la distribution à toutes les personnes rassemblées là pour se reposer, bavarder ou battre la faux. Les voisins pouvaient participer à cette petite fête.


En zone rurale, le facteur n'était pas véritablement surchargé de courrier. Quelques journaux bien sûr. Une lettre d'un fils au service militaire, souffleur de verre à Baccarat, en Beauce aux betteraves, exceptionnellement missionnaire en Afrique.Mais un facteur sans lettre n'était pas un facteur sans nouvelles... En effet, il était là aussi pour distribuer les nouvelles du bourg. Enfin pour moins que le prix d'un timbre, vous pouviez le charger d'une commission.Le véritable prix de cette communication? Un verre de cidre par beau temps- une petite place devant le feu pour quelques minutes par temps froid. Pour notre facteur, il s'agit de Mathurin Le Floch de Kergonan, mon oncle.


Les prairies destinées à fournir le foin doivent être laissées au repos à la fin de l’automne. Pour celles pouvant recevoir le fumier (*) préparé à cet effet dans les cours de ferme, le moment est venu de réaliser l’épandage. Comme il est humide, le passage de la herse d’aubépine brisera les mottes. Les petits ruisseaux d’irrigation seront restaurés. Les feuilles, poussées par le vent seront balayées et mises en tas de litière. Dans la lande proche, quelques vaches à l’abri des talus trouveront un peu d’herbe. Le coupeur de lande poursuit son travail de façonnage des mottes d’ajonc / bruyère. Elles resteront sur place, la charrette viendra les enlever avant leur passage dans l’étable.
(*) Streuet = bouses + purin + pluie + litière


Durant la période automne / hiver, la pluie a fait son travail. Le « penerh * » peut céder son fumier que les prairies attendent. Ce fumier gorgé d’eau, ne conviendrait pas à son enfouissement dans les parcelles cultivées. Dans les prairies il fera l’affaire. Il sera épandu en surface puis le passage de la herse végétale (aubépine) l’émiettera. A partir des années 70 place aux cours de ferme bitumées. Le « streut * » sera remplacé par de l’engrais chimique. Désormais, l’automobile pourra atteindre les habitations et les visiteurs en cravates viendront offrir leurs conseils.
« Penerh » : espace qui réunit, habitation, étables, granges et remises.
« Streut » : le passage du bétail pourra piétiner litières, bouses, purin, telle est la recette du « streut ». Il sera périodiquement rassemblé en tas pour faciliter la circulation en attendant de rejoindre la prairie


Cela se passait à la fin de l'hiver.
Le travail: D'abord balayer la prairie, du centre vers les talus. Les talus eux-mêmes étaient peignés et le tout rassemblé dans de gros tas de feuilles mortes. elles serviront de litière et parfois pour enrichir les pépinières.
Au passage les haies sont taillées et arrangées. ensuite la prairies était peignée par le passage d'un paquet d'aubépines par un cheval. Cela émiettait le fumier tout en rafraîchissant la croûte du sol. Enfin, les ruisseaux était retaillés à l'aide du grand couteau ordinairement réservé à la découpe de la motte dans le pressoir. Éventuellement, les clôtures étaient « révisées ». Désormais, seul le printemps aura le droit d'entrer dans la prairie. Et ceci jusqu'à la récolte de foin qu'il faudra faire vers la Saint Jean.


Les dindons ont toujours eu une place bien à part dans le cheptel à plumes :
- poules et coqs constituaient la basse-cour de toujours.
- les canards appréciés pour leur chair l'étaient beaucoup moins pour leur goût trop prononcé pour la boue et flaques d'eau !
- les dindons précieux pour leur viande abondante avaient l'avantage de garder les maisons, "aboyant" souvent plus que le chien dès qu'un intrus apparaissait. C'est la cas de notre facteur!
Dans le fond, ce volatile était resté sauvage ! Dès que la femelle devait faire son nid, nous devions la suivre parfois très loin...
Les petits bien souvent ne survivaient pas à la crise du "rouge". Pour ne pas les perdre, j'ai le souvenir d'une recette miracle comprenant de l'ortie hachée fin mélangée à du son, un peu de lait, du cidre vieux et du jaune d'œuf !


Un accident qui peut être lourd de conséquences.
En effet, la perte d'une vache à la veille de l'hiver pouvait déséquilibrer la rentabilité de l'exploitation.
La vache qui choisissait sa pomme ne s 'étranglait pas. Le danger venait de la pomme avalée dans la précipitation. Dans chaque village, tel ou tel homme avait déjà fait ses preuves dans le domaine. Il suffisait alors de bien immobiliser la vache, laquelle était parfaitement consentante. Il fallait beaucoup de force dans le pouce pour expulser la pomme. Dans la généralité des cas, tout finissait bien.


Cette opération était pratiquée en automne ou en hiver, dès que la température n'était plus un risque pour le travail de la viande.
L'animal pouvait approcher les 150 kilos aussi trois hommes n'étaient pas de trop pour l'immobiliser sur un banc. Il était égorgé ce qui n'était pas une tâche aisée. Son cri était si violent que les villages voisins apprenaient la nouvelle de l'animal lui-même. Une bonne nouvelle car elle était le signe d'un peu de saucisse et de pâté frais. Le lit de paille recevra le corps le temps de l'épiler à l'eau chaude.
Pour le ressuyage, une échelle fera l'affaire.
Mon père avait la fâcheuse habitude de le pendre toute la nuit dans la pièce où se trouvait mon lit, cette masse dans l'ombre était terrifiante. La vessie nous était réservée, le plus difficile était de la gonfler pour en faire un ballon.
