

C’est Janvier, l’hiver s’achève. Dans les prairies humides, il faut sans attendre épandre le « streut » (1) accumulé dans les « penerh » (2) puis l’émietter par le passage d’une herse d’aubépine. Malheureusement, le tombereau lourdement chargé de ce fumier humide a rencontré une rigole où l’une de ses roues s’est enfoncée. Heureusement, le cheval attelé a pu être rapidement libéré des brancards pour laisser la charrette sur place. Le cheval ne s’est pas effrayé, attelé à un pommier proche il se fait consoler afin qu’il reprenne confiance ! Appelés à l’aide, les voisins occupés dans les parcelles proches se sont rendus disponibles sans attendre. Deux d’entre eux sont venus avec leur cheval et sans attendre ont pris en charge la charrette. Non loin de là, deux femmes ont laissé de côté le lavoir et leur lessive pour venir sur place encourager et les chevaux et les hommes. Tout finira bien pour tous.(1) « streut » - à proximité des étables, durant l’hiver, bouses, purin, boue et litière sont mis en tas en attendant de prendre la direction des prairies.(2) « penerh » - zone proche des étables et du passage des animaux


Le soleil le matin n'a toujours pas atteint la cime des arbres.Tout le bocage est immobile, enveloppé dans une légère brume poséedélicatement sur les arbres.Dans la nuit fraiche, une gelée blanche a saisi l'humidité tout au longdes talus, soulignant ainsi le relief qui distingue les prairies des fricheset des landes.Cette humidité de février favorise le travail du bois comme celui de lalitière.Les branches se laissent mettre en fagots et la litière colle juste cequ'il faut au râteau.Il s'agit de travaux qui conviennent parfaitement aux femmes commeaux hommes.Rien ne presse, les talus procurent un abri apprécié, et l'effort àproduire s'accorde avec le besoin de réchauffer les muscles du corps.


C’est l’hiver. Après le gel nocturne, une fine couche de neige s’est posée sur ce lieu où prairies et friches se rejoignent. Rien ne bouge. C’est le sommeil hivernal. Cependant, le réveil est proche. Sous cette blancheur la sève est déjà au travail. Février et mars la feront monter au sommet des arbres. Avril se chargera d’installer le printemps. Flore et faune pourront voir arriver les gens des villages. Une brouette chargée d’une lessiveuse arrivera pour un premier lavage de printemps. Le corbeau posera son nid sur la tête d’un chêne « têtard » En juin les premières faux se présenteront. Les charrettes suivront ; vidant les prairies de leur foin. Place aux troupeaux que les enfants accompagneront matin et soir durant l’été. En septembre, c’est le chanvre qui prendra place dans le « poul-coah », de grosses pierres le maintiendront sous l’eau, le temps du rouissage. L’automne est là, les arbres abandonnent leurs feuilles. L’hiver est proche et le lavoir peut à nouveau retrouver sa pause.


Depuis octobre déjà, les prairies sont laissées à leur sommeil hivernal.Si les gelées nocturnes ralentissent la montée de la sève, le réveil a sonné avec les journées qui s'allongent et le signal donné par les oiseaux.Les saules sont taillés pour mieux laisser passer la lumière à la saison des foins.Les noisetiers, sur les talus, ont abandonné leurs familles aussi il faut balayer, peigner pour laisser l'herbe devenir foin.Les femmes savent bien faire ce travail alors que les hommes plus robustes s'occupent de la taille des arbres, la mise en ordre des clôtures et surtout le creusement des petits ruisseaux devant drainer l'eau dormante.Pour finir, près de l'entrée de la prairie, feuilles mortes, ronces et fougères seront mises dans un tas qui fera une bonne litière pour l'étable.


Février est proche. Il faut se dépêcher de mettre les prairies en ordre.Une bonne gelée nocturne permet d'approcher les saules et, pour combattre le froid, rien de tel que le travail de la coupe de bois. Dès que les fagots seront façonnés,il faudra les dégager de la zone humide, pour libérer les ruisseaux à remettre en ordre. Le saule taillé en têtard faisait d'excellentes séparations pouvant contenir le bétail tout en laissant passer la lumière si utile pour le foin.Dans la partie supérieure du versant, le long des talus, le ruisseau principal peut être dérivé pour l'irrigation. Début avril, dès que les gelées seront oubliées,le démarrage de la pousse de printemps pourra ainsi être accéléré.
