

Le battage demeura longtemps une occasion forte d'organiser la solidarité entre agriculteurs de villages voisins. En effet, la batteuse mécanique exigeait une chaîne de tâches spécialisées comprenant vingt à trente personnes. La batteuse moderne avalait les gerbes de façon transversale, de telle sorte qu'elle vomissait la paille sur une grille où chacun devait, à la force des bras, reconstituer une nouvelle gerbe, sans le grain dirigé vers les sacs. Une fois la gerbe de paille entourée du bras du ramasseur, celui-ci s'adressait à son suivant qui lui offrait un lien qu'il venait de torsader.
D'où ce manège, dans un nuage de poussière, de ceux qui devaient "embrasser" ceux qui leur tendaient la gerbe. Nous, les enfants, aimions observer ce ballet, cherchant par là à repérer ceux qui laissaient discrètement passer leur tour tandis que d'autres s'arrangeaient pour "embrasser" tout à fait par hasard leur préférée cachée derrière la gerbe !
Quelques années plus tard, la batteuse deviendra moissonneuse. Plus besoin d'aire à battre… Elle ira seule, dans les parcelles, séparer le grain de la paille.









