

En fin de moisson, cette mise en meule avait lieu après la mise en gerbe. Elle permettait d'attendre une belle journée pour le battage.
Il fallait d'abord s'assurer que les herbes coupées avec le seigle ou le blé étaient bien sèches. Dans le cas contraire, la meule fumerait le matin.
Tous les cultivateurs n'étaient pas capables de monter convenablement une meule - un sur trois, à peine ! Et chacun avait une façon personnelle de la faire. C'était une signature, qui la distinguait des autres.
Le seigle, à la paille longue, se prêtait bien à cette mise en tas. L'avoine était la bête noire, car elle glissait et il fallait souvent consolider la meule avec des pieux.


La batteuse actionnée par une machine a été la première occasion de voir « l'industrie » arriver dans les fermes.
La mécanisation a donné là aussi une division du travail et même une hiérarchie est apparue.
Les porteurs de grains: Ils étaient solides car bien des greniers étaient peu accessibles.
Ce poste avait au moins deux avantages! Celui d'échapper à la poussière et celui de passer devant la table de la patronne!
Celui qui alimentait la batteuse: Il était adroit et résistant - lui aussi sera largement récompensé s'il est capable de maintenir un bon débit!
Celui qui montait le tas de paille: Il avait déjà fait ses preuves à ce poste - il lui fallait bien juger le volume de paille pour bien finir en forme de toit.
Les porteurs de paille: Généralement, des jeunes qui s'étaient déjà distingués à tel ou tel concours de perche.
Le responsable du moteur: Il était « scientifique » reconnu hors catégorie.
Pour les autres tâches, il s'agissait d'un travail collectif.


C'est la moisson dite "noire", elle se fait aux alentours de la Saint-Michel où, généralement, un second printemps arrive bien à propos. Contrairement aux autres céréales, le grain de sarrasin est bien mûr alors que la tige, malgré sa couleur pourpre, n'est pas encore sèche. Il n'est donc pas question de la mettre en meule, elle chaufferait immédiatement. Les gerbes doivent être battues sans délai.
Passé aux tarares, le grain est nettoyé puis installé à l'abri, le temps de sécher complètement.
Une fois par jour, les enfants, pieds nus, se chargeaient de "labourer" ce tas de grains, pour éviter qu'il ne se mette à chauffer. Un travail épatant !
Très vite, le blé noir va laisser la place à des céréales blanches dont les rendements seront nettement supérieurs. Un peu plus tard, le seigle lui-même disparaîtra.


Le blé noir venait à maturité en octobre.Entre le fauchage et le battage l'on disposait de quelques journées seulement aussi il fallait nécessairement placer cette moisson dans ce qu'on appelle habituellement l'été indien.
Une petite rosée le matin, un temps calme et ensoleillé du matin au soir.
Le battage au fléau le plus ancien avant l'arrivée des batteuses mécaniques était assuré par un groupe d'hommes frappant à un rythme tel que les fléaux ne devaient pas se rencontrer.
Le passage au tarare était un travail de femmes, seuls les hommes faisaient tourner l'axe entraînant à la fois le ventilateur et le tamisage.
Sur le sol, au râteau où pieds nus il était important d'aérer le matelas de grains qui ne devait en aucun cas chauffer.Les fléaux ont cessé leur frappe rythmée avec la dernière guerre.


Comme la paille de seigle était bien souvent réservée à l'entretien des toitures en chaume celle-ci devait rester entière.
Cette exigence a permis aux petites batteuses de rester en activité jusqu'en 1950.
Le seigle était présenté les épis devant afin que le tambour batte seulement les épis en question.
Cette petite batteuse était actionnée par un manège à quatre chevaux et plus suivant que les récoltes étaient ou non importantes.
La paille d'avoine et de froment, à l'inverse du seigle étaient broyées par le tambour puis mises en tas pour passer l'hiver.Au sol, grain et balle étaient mélangés d'où le passage au tarare qui en secouant et ventilant permettait la récupération d'un grain propre qui trouvera sa place dans le grenier.


Désormais, le soleil est plus tendre. Le cycle infernal de l'été terminé, l'automne peut avancer en douceur. Dans les parcelles : Les chaumes sont en fête. Camomille, pensée sauvage ravenelle, profite de la rosée du matin. C'est le printemps de la Saint Luc. Alors que les prairies sont en pause, les vaches occupent les chaumes, attachées au piquet. Par ces belles journées ensoleillées : il sera question d'arracher les pommes de terre, de commencer à récolter les variétés de pommes hâtives. Et enfin, faire la « moisson noire » du sarrasin Contrairement à la moisson blanche, il ne sera pas question de meules das l'aire à battre (le blé noir ne supportant as d'être en meule) Le blé-noir sera fauché, les gerbes debout pour continuer à prendre le soleil resteront dans la parcelle pour être battues dès leur arrivée dans l'aire à battre. Désormais, les enfants vont être libérés pour reprendre le chemin de l'école.


De mi-juin à mi-octobre, moisson et récoltes* ont exigé de longues journées. Désormais, rien ne presse (amzer-zo) L’aire à battre est en pause. La batteuse vient de se retirer laissant derrière elle le jaune vif de la paille et les rouges du blé-noir. La récolte de la pomme à cidre peut commencer. Le temps sec des après-midi convient parfaitement. Les enfants sont mis à contribution ; au sommet des pommiers ils se chargent de secouer les branches, le « perchiste » à l’aide d’un long bâton fera tomber les fruits moins murs. Il n’oubliera pas de laisser quelques pommes que les grives et merles apprécieront dès les premières gelées. Les femmes remplissent les paniers qui seront vidés dans les lits de paille prévus à cet effet. Le manège placé dans l’aire à battre est maintenu, il entrainera le broyeur proche du pressoir dans la grange.
* foin – seigle – avoine – blé – pomme de terre et enfin blé noir


C'est Novembre, les champs sont désormais mis au repos après les derniers labours d'automne.
Le moment est venu de transformer la récolte de pommes en cidre. Une motte par semaine devrait permettre de ne pas être surpris par les gelées de Janvier. Le manège placé en fixe, le pressoir est désormais situé à proximité de l'aire à battre. Les pommes ont été rassemblées par lot suivant leur maturité, leur couleur et les qualités variées (douces, amères, dures, tendres,...). Cette organisation facilitait les dosages plus ou moins secrets.
Les fagots servaient à cloisonner les lots alors que les fruits étaient placés sur un lit de paille. « Une paille de qualité: Rien de tel pour un bon goût », affirmait mon père, critiquant au passage ceux qui se contentaient de fougères. Dans l'organisation du travail à la chaîne,les femmes chargeaient les paniers laissant aux hommes, brouettes, moulin et pressoir.


Cela se passait autour de Pâques dès les beaux jours installés.
Les remises vides à cette période de l'année se prêtaient à l'installation des tables.
Le village se mobilisait pour la semaine.
Le lundi, pour dresser les tables, allumer les fours, abattre les veaux, regrouper les mottes de beurre, le pain… etc.
Le mardi, le mariage avec le passage à l'église.
Le mercredi, suite du mariage avec les invités les plus proches.
Le jeudi, petite festivité autour des restes et début de la désinstallation.
Le vendredi, chacun reprenait sa "rosière", ses échelles, bancs, tonneaux, marmites.Le tout accompagné de chansons et de quelques danses avec un musicien local.
Pour autant, les animaux étaient normalement traités dans les étables et écuries. Pas de travaux dans les champs à la sortie de l'hiver.L'aire à battre par son sol et la proximité des remises se prêtait naturellement à ce rassemblement dansant.


Cela se passait dans l'aire à battre. Un espace qui permet sans risque d'évoluer sans être tenté de s'échapper.
Avant d'être pour la première fois en situation de tirer ce tronc d'arbre, ce jeune cheval a déjà accepté son maître. Il reconnaît sa voix et la respecte.
Et pourtant cette première séance, cette première leçon n'est pas sans risque.
L'animal est à la fois craintif et maladroit et ne comprend pas ce qui lui arrive.
Il résiste, se cabre mais il ne doit pas se faire mal. Son maître procédera progressivement par la douceur.
Les enfants curieux et méfiants se tiennent à distance. Le spectacle vaut la peine.
En même temps ils espèrent que tout ira bien pour l'animal qui est un peu comme eux en période d'apprentissage.
La femme, ne s'arrête pas car c'est une affaire d'hommes…
