

Dès que le cheval quittait son périmètre de travail, les risques n'étaient pas négligeables.En particulier, les routes et les hameaux voisins comportaient des bruits et des formes que le cheval n'avait pas inscrit dans sa mémoire. Les grandes oeillères et la bride avaient pour objet de limiter tout ce qui pouvait le surprendre latéralement. Surpris dans sa fuite, l'animal oubliait qu'il était attelé. Il entraînait alors dans sa course folle sa charrette, laquelle par son bruit amplifiait la peur du cheval. Parfois épuisé, l'animal pouvait être arrêté et rassuré.Hélas bien souvent sa course se terminait dans une chute violente. Si par bonheur il lui arrivait de sauver ses jambes, sa mémoire était marquée à jamais avec les risques de récidive que cela comportait.


Le mois d'avril s'achève et le poulain continue de téter, aussi il est naturel qu'il accompagne sa mère dans le pré.
Elle était généralement entravée afin qu'elle ne soit pas tentée de s'évader vers les champs de trèfle voisins.
Le moment est venu pour le poulain de se débarrasser de son poil de l'hiver. Cela fera l'affaire des pinsons qui vont tapisser leur nid de crin.Il frottait ses flancs contre le tronc des pommiers. Pour son dos, il devait apprendre à se rouler par terre tout en secouant ses quatre jambes dirigées vers le ciel.
La réussite n'était pas toujours immédiate !Dans le pré, les pétales abandonnées par les pommiers en fleurs viennent se mêler aux pâquerettes qui tapissent le sol.


C'est Novembre, les champs sont désormais mis au repos après les derniers labours d'automne.
Le moment est venu de transformer la récolte de pommes en cidre. Une motte par semaine devrait permettre de ne pas être surpris par les gelées de Janvier. Le manège placé en fixe, le pressoir est désormais situé à proximité de l'aire à battre. Les pommes ont été rassemblées par lot suivant leur maturité, leur couleur et les qualités variées (douces, amères, dures, tendres,...). Cette organisation facilitait les dosages plus ou moins secrets.
Les fagots servaient à cloisonner les lots alors que les fruits étaient placés sur un lit de paille. « Une paille de qualité: Rien de tel pour un bon goût », affirmait mon père, critiquant au passage ceux qui se contentaient de fougères. Dans l'organisation du travail à la chaîne,les femmes chargeaient les paniers laissant aux hommes, brouettes, moulin et pressoir.


Cela se passait le matin.Généralement avant d'être attelé ou de prendre le chemin du champs où la charrue attendait.En principe ce travail revenait au "patron" celui qui conduisait l'animal dans ses travaux.Durant cette séance de brossage en principe une courte conversation s'installait. Il était bien sûr question du travail de la journée.En hiver, même si le cheval n'était pas attelé, il était cependant sorti le temps de faire cette toilette et de prendre l'air.Les jours de grande sortie, quand le cheval allait à la foire ou au bourg alors bien entendu sa toilette était particulièrement soignée.


En 1950, les cantons installent les cours complémentaires. Il s’agit de nos collèges actuels. Auparavant tout s’arrêtait avec le certificat d’études dans nos écoles primaires. A son lancement en 1950, Baud ouvrait une classe de 6ème et une classe de 5ème. Ceci dans deux baraques en bois préfabriquées. En octobre 1951 je faisais ma rentrée directement en 5ème. Ce fut la découverte de l’anglais ! Ce fut aussi la R.N. 24 à bicyclette, soit 7 kms matin et soir pour rejoindre Baud depuis Kergonan. Depuis Camors, St Barthélemy et Plumelian, le vélo s’imposait également, nous avions 12 et 13 ans ? Une cantine sommaire, installée dans le hangar des pompiers, servait un repas chaud à midi. Peu de place dans la cour, d’autres baraques étant attendues. Heureusement, le terrain des sports et le champ de foire étaient proches. Après un repas rapide nous aimions circuler entre les cages à porcelets ! Les gens du voyage étaient nos voisins proches. C’était en 1951.


Jusqu'en 1950 bien des villages étaient encore enclavés, et le cheval s'imposait pour rejoindre le chemin vicinal le plus proche.Le cercueil était chargé sur un char à bancs. Le cheval était conduit tenu à la main par son maître qui l'accompagnait à pieds.Les parents, et voisins accompagnaient le corps à pieds. Pour le retour ils trouvaient une place sur les chars à bancs des amis venus au bourg à l'occasion de l'enterrement.Le convoi était silencieux, quelques chuchotements se mêleront aux prières sans plus.A la tête du convoi la route est ouverte par les porteurs de la grande croix.A l'arrivée dans le bourg le prêtre les accueillera dans un lieu précis (Pont Bellec à Languidic) pour rejoindre l'église.Sur la route, dans les champs le travail s'arrêtera un instant le temps de laisser passer le corps en silence.C'est janvier, le gel est encore présent et une famille s'active autour du bois qu'il faut mettre e fagots


Une foire importante qui avait lieu à la fin de l'été une fois la moisson maîtrisée.Dès lors ou les récoltes étaient connues : foin, grain, choux, betteraves et pommes de terre, chacun était en mesure d'ajuster son troupeau avec ses capacités à passer l'hiver.Cette foire était particulièrement réputée pour ses chevaux, jeunes et moins jeunes.Vaches, porcelets et quelques moutons participaient également.Côté chevaux les hommes, alors que pour trouver les femmes il fallait se rendre dans la zone des vaches et porcelets.Quelques barriques de cidre alimentaient les tables levées à l'ombre pour les circonstances.La chapelle laissai à disposition un bel espace ombragé apprécié à cette période de l'année.


Mon village fut relié au chemin vicinal le plus proche vers 1947 alors que l'électricité l'avait précédé d'une dizaine d'années.Un tel chantier était conduit sous l'autorité de la commune.Une occasion pour les paysans proches d'apporter leur contribution annuelle prévue par la loi.Le barème était ainsi proposé :Une exploitation devait apporter cinq à dix journées par an suivant la superficie exploitée.Un homme valide était compté pour 1 journée.Il apportait un outil type hache – pioche – pelle ou masse pour casser la pierre.Un ensemble homme plus cheval plus tombereau à bascule était compté pour 3 journées.Ce type de chantier était généralement organisé à la sortie de la moisson par temps sec et avant les labours d'automne.Bien souvent, la route "neuve" suivait le tracé du chemin creux. Un des talus était supprimé libérant ainsi l'espace nécessaire.


C'était en 1927.Sur la route qui conduit de Kergonan à Hennebont où s'organisait l'épreuve du certificat d'études.Mon oncle Mathurin fait le taxi avec son cheval attelé à un char à banc.Quatre filles (dont ma mère) l'accompagnent, alors qu'un garçon fera la route à vélo soit douze kms.Pour le repas de midi, dans un bistrot d'Hennebont, plat unique, un ragoût petits poix !Le retour a eu lieu par le train, les élèves étaient encadrés par le maître et la maîtresse.Un succès puisse que les cinq ont réussi l'épreuve.Une belle aventure donc.Après le succès hélas, ma mère sera "placée" dans une famille, elle avait 12 ans.Déjà à cette époque le diplôme n'était pas toujours une garantie.Fin juin les faucheurs sont dans les prairies.
