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En plein été et particulièrement en juillet, avec la chaleur orageuse, les vaches souffraient de l'agressivité des taons. En fin de journée, elles rejoignaient la prairie après la traite. Au bout de quelque temps, le troupeau semblait nerveux : les vaches frappaient du pied, se battaient les flancs avec leur queue, secouaient la tête. Exaspérées par l'agressivité de ces mouches, c'était l'explosion. Elles se précipitaient contre les haies, se frottant aux branches, recherchant les fougères hautes pour tenter de se débarrasser de ces taons. Un très mauvais moment à passer pour nous, les enfants, qui devions, à tout prix, ne pas perdre le contrôle du troupeau.
Dans les prairies voisines, le manège était identique. Il fallait courir pour éviter que nos vaches ne se retrouvent dans un taillis proche. Au bout d'une demi-heure, tout rentrait dans l'ordre. Les vaches étaient épuisées par leur course folle et le soleil redevenait plus raisonnable.


Il s'agit de conduire un troupeau de vaches en empruntant obligatoirement le chemin creux qui amènera à la parcelle prédéterminée. Comme le chemin creux est boueux, deux enfants marchent sur le sommet du talus, alors qu'un troisième précède le troupeau, lui interdisant les parcelles non concernées. Bâtons, grands gestes, sifflets, cris, tous les moyens étaient bons pour arriver à maîtriser les vaches pressées de trouver de quoi remplir leur panse. Pour le retour vers l'étable, tout était plus simple, la vache dite "la meneuse" entraînait le troupeau vers le village.


L'été est là. Les prairies, libérées de leur foin, seront la destination journalière du troupeau. En septembre, les chaumes viendront compléter les prairies. Il faut surveiller le troupeau mais, les prairies étant également bien closes, il y a de la place pour se distraire tout en surveillant. Sur les versants voisins, d'autres troupeaux sont présents et, avec eux, d'autres enfants ne manqueront pas de proposer des jeux. C'est l'été, mais bien souvent la pluie survenait, ce qui donnait l'occasion de construire des cabanes recouvertes de fougère et de feuillage de noisetier. La présence d'un ruisseau donnait l'occasion de jouer avec l'eau. Nous construisions un petit barrage sur lequel nous placions un petit moulin. Le meunier recevait la visite de celui qui venait moudre son grain ! Le tueur de cochon était aussi un classique. Le petit barrage était transpercé avec un couteau, l'eau jaillissait tel un cochon que l'on égorgeait et bien sûr nous imitions le cri du cochon en question !


C'est l'été. Sous l'effet du soleil, les pâtures manquent d'eau, la rosée du matin vite s'évapore, les ruisseaux sont chétifs. Alors, à leur retour à l'étable autour de midi, les vaches ont besoin de passer par un point d'eau. A Kerscoul, dans le village même, ruisseau, fontaine et lavoir regroupés constituaient un ensemble idéal. Les vaches s'y rendaient volontiers. Cependant, le "bugul"* devait faire en sorte que le linge mis à sécher sur l'herbe ne soit pas piétiné. Enfin, il devait à tout prix éviter que son troupeau ne rencontre celui de son voisin au risque d'avoir un affrontement incontrôlable. Tout se passait généralement bien. Le bugul et son chien étaient également heureux d'être de retour, mission accomplie. Le repas allait enfin les réconforter. L'après-midi, l'un comme l'autre retrouveront un peu de liberté en attendant de reprendre le chemin des prairies après la traite, une fois le soleil descendu à hauteur des arbres.
*"bugul" : jeune domestique.


Dans chaque ferme, la production fruitière s'accompagnait de quelques ruches.
Au-delà de l'utilité en période des floraisons, les abeilles apportaient une appréciable production de miel, qui serait vendue ou consommée. Dès le mois de juin, les abeilles se démultipliaient et partaient à la recherche d'un « logement », le creux d'un vieux chêne bien souvent. En cette saison, les gens avaient beaucoup à faire dans les champs ; aussi, la surveillance des ruches s'imposait-elle. Elle revenait aux enfants ou aux « vieux ».
Le problème n'était pas d'empêcher le départ des abeilles, mais de le suivre. L'usage voulait, en effet, que le premier à découvrir un essaim d'abeilles en devenait le propriétaire. Il lui suffisait pour cela de faire une marque ou un nœud dans une branche, qui l'attesterait. Les litiges n'étaient pas rares !
Quand les abeilles se préparaient au départ, chacun se mettait à battre les casseroles, certains affirmant que les abeilles étaient sensibles à cette musique. C'était, en tout cas, un moyen d'appeler du renfort, lequel serait bien utile !


En hiver, si le temps le permettait, les vaches ne restaient pas à l'étable. Elles étaient divisées en deux groupes : celles qui donnaient du lait et celles qui n'en donnaient point.
Le second groupe était confié aux enfants qui les accompagnaient à la lande dite « commune ». Le jeudi, il n'était pas rare d'y trouver plusieurs troupeaux. Les enfants jouant ou chassant les écureuils n'assuraient pas une surveillance stricte et les conflits n'étaient pas rares. Chaque troupeau avait son capitaine de combat et chacun des enfants souhaitait la victoire de son camp.
En définitive, accompagner les vaches à la lande reste plutôt un mauvais souvenir, tant ces bêtes souffraient du manque d'herbe.
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C’est dimanche. Le sol gelé est recouvert d’une belle couche de neige. Rien ne presse, amzer zo ("il y a le temps"), c’est l’occasion de faire une visite aux cousins installés dans le village voisin. On y trouvera forcément un beau feu de cheminée et du cidre chaud.
Les enfants ont accompagné les parents et, naturellement, ils seront dehors dans la neige. Ils connaissent les lieux et, en particulier, chez les voisins, un toit d’ardoises en double pente qui permet le lancement des boules de neige. Il y a de la place pour tous. Les plus grands, plus forts et plus adroits, seront les lanceurs. La boule atteindra le sommet de la pente, descendra en grossissant pour finir par exploser sur la tête des plus petits qui attendent les bras en l’air. D’autres choisiront la glisse. Un grand-père (de service) maintiendra la discipline tout en protégeant les plus petits. La partie terminée, chacun rejoindra le feu de cheminée pour mieux réchauffer ses mains et ses oreilles.


Dans ce lieu, éloigné des villages, les versants occupés par des prairies et des landes se rejoignent, gonflant ainsi le ruisseau qui coule vers le Blavet. En novembre et décembre, les pluies ont été si fortes que notre ruisseau est sorti de son lit, obligeant le sentier à emprunter le haut du talus pour rejoindre la lande voisine. Les fortes gelées de janvier ont saisi cette zone inondée. Rien de tel pour organiser des glissades un dimanche après-midi, loin du regard des adultes .Le « chantier » des fagots étant arrêté ce dimanche, les enfants ne vont pas manquer de se servir pour en faire des luges.


Un dimanche après-midi de février. La nuit a été fraîche, la gelée blanche persiste à l’ombre des arbres au bord des talus.
Les enfants du village connaissent bien les habitudes de l’écureuil en hiver ! Ses réserves de pignons de pin épuisées, il fera une sortie le temps de réchauffer sa fourrure et de retrouver quelques châtaignes qu’il a pu cacher au pied des arbres en octobre.
En effet, le chien « à vaches » des enfants, par son aboiement, annonce la présence de l’écureuil au sommet des branches. La partie peut commencer, il faut devancer l’animal avant qu’il ne rejoigne son arbre dans le bois proche. De cime en cime, il vole littéralement ! D’autres enfants, eux-mêmes de sortie, rejoignent les lieux en courant. La partie sera inégale, l’écureuil très rapide ne s’occupe pas des cris, aboiements, bâtons, lance-pierre ; il connaît son chemin et, comme d’habitude, les enfants vont échouer. Ils seront cependant heureux d’avoir cherché, trouvé et poursuivi ... L’après-midi aura été bonne pour tous.
Demain, alors que les enfants seront à l’école, l’écureuil aura tout son temps pour retrouver ses châtaignes.


Dans la nuit, le gel a saisi l'humidité de la prairie. Le lavoir n'est donc plus fréquenté par les femmes du village. C'est le moment d'organiser une glissade dans ce coin tranquille loin des regards, à l'abri du vent d'est qui pince les oreilles. Une auge à cochons réformée fera une bonne luge et, comme la pente est faible, deux bons "chevaux" devant tirent alors qu'à l'arrière un troisième pousse. Ainsi, à tour de rôle, chacun aura droit à une glissade, quitte à aller finir dans les saules !
Derrière la haie, on distingue le chantier du sabotier François.
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C'est l'été, un dimanche après-midi. Par beau temps, Pont-Augan et son Blavet étaient une destination naturelle. On s'y rendait à pied ou à bicyclette pour y trouver jeux de boules, bistrots, pêche et baignades.
L'écluse se prêtait bien à la baignade, même si les dangers étaient grands. Depuis la passerelle, les plongeurs se précipitaient dans une eau souvent profonde, sans aucune surveillance. Cette écluse était au pied d'une colline côté Quistinic ; sur son sommet la chapelle dite de Sainte-Barbe. La passerelle débouchait dans une papeterie aujourd'hui abandonnée.


A l'époque du bocage serré d'avant le remembrement, chercher, voir, dénicher les nids était un jeu dans lequel l'oiseau avait de bonnes chances de s'en sortir. L'homme n'était pas le prédateur principal bien loin de là. Il se contentait de prélever les œufs qui méritaient d'être consommés, ceux des merles et grives en particulier, de taille raisonnable et d'accès sans danger car placés à moins de deux mètres de hauteur.
Chaque oiseau se déterminait par rapport à un micro climat qui lui convenait, ainsi que le support habituel tels : racines, souches, branches, talus, ajoncs, aubépines, saules etc. Ainsi, pour un bon chercheur, il fallait avant tout se mettre à la place de l'oiseau et imaginer l'endroit et l'exposition que l'oiseau lui-même aurait choisis. Une telle connaissance passait forcément par l'observation et l'expérience. Une fois le nid repéré, il était naturel de faire la relation entre le comportement de l'oiseau à tel ou tel moment de la journée et le stade d'avancement du nid, de la ponte, de la couvaison puis de la nichée.


L'été est là. Les prairies, libérées de leur foin, seront la destination journalière du troupeau. En septembre, les chaumes viendront compléter les prairies. Il faut surveiller le troupeau mais, les prairies étant également bien closes, il y a de la place pour se distraire tout en surveillant. Sur les versants voisins, d'autres troupeaux sont présents et, avec eux, d'autres enfants ne manqueront pas de proposer des jeux. C'est l'été, mais bien souvent la pluie survenait, ce qui donnait l'occasion de construire des cabanes recouvertes de fougère et de feuillage de noisetier. La présence d'un ruisseau donnait l'occasion de jouer avec l'eau. Nous construisions un petit barrage sur lequel nous placions un petit moulin. Le meunier recevait la visite de celui qui venait moudre son grain ! Le tueur de cochon était aussi un classique. Le petit barrage était transpercé avec un couteau, l'eau jaillissait tel un cochon que l'on égorgeait et bien sûr nous imitions le cri du cochon en question !


Cela se passait le dimanche après-midi. Le soleil, même timide, favorisait la sortie de l'animal. En décembre, les arbres étaient parfaitement dépouillés de leurs feuilles : par les vents de novembre pour le plus gros et par les gelées de décembre pour la finition. Dès que l'animal avait été repéré, l'aboiement des chiens à vaches constituait l'appel à l'aide et, très vite, le malheureux avait à ses trousses une vingtaine de personnes. Cela ne l'empêchait pas de garder de grandes chances de s'en sortir. Les lance-pierres n'étaient pas très précis. Pour se tirer d'affaire, il lui fallait soit un taillis à proximité soit tout simplement quelques vieux chênes creux couverts de lierre. Après quelques heures, l'animal épuisé s'immobilisait sur une branche. Il suffisait alors de la secouer pour qu'il tombe au sol, les chiens se chargeant alors du travail final.
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C’est la mi-juillet. La moisson est en cours, il fait beau.
Les bords de l’Evel offrent l’occasion d’une sortie « plage » le temps d’un dimanche après-midi. Les adultes et anciens trouveront la fraîcheur à l’ombre tout en surveillant les enfants qui vont profiter de la rivière où ils auront pied. Seuls quelques-uns savent nager, mais tous savent courir, sauter, plonger, patauger… Sortis de l’eau, pas besoin de serviette de bain ! Courir dans les prairies fraîchement fauchées fera l’affaire. Au-delà des prairies, une colline de lande sépare la vallée de l’Evel de celle du Blavet. Les deux rivières se rejoindront à Pont-Augan tout proche.
Alors que l’ajonc est terni par le soleil de l’été, la bruyère affiche son rouge carmin et la parcelle de blé noir en fait autant par sa blancheur lumineuse. Le seigle attend l’approche de l’aire à battre. A 17 heures, la fête s’arrêtera, grands et petits rejoindront leur village où il faudra traire les vaches, alimenter les porcs et conduire les troupeaux vers les prairies.


C'est juillet, l'eau de cet affluent du Blavet est tiède.
C'est le rassemblement, un dimanche après-midi un peu comme à la place. Sur l'herbe, les vieux se reposent tout en surveillant les enfants. Dans l'eau, surtout des garçons : quelques-uns seulement savent nager, les autres plongent, patouillent ou avancent avec un pied au fond du lit de la rivière. Sortis de l'eau, une seule manière de se réchauffer : courir autour des prés fraîchement fauchés.
Au fond, les premières collines couvertes d'ajoncs annoncent Quistinic. Dès 17h00, la fête va s'arrêter, grands et petits devront rejoindre leur village. Les adultes se chargeant de la traite et du repas des porcs, les enfants accompagneront les vaches à la prairie.


Il s'agit d'une prairie éloignée du village. Le chemin creux bordé d'arbres exigeait une charretée bien serrée par une corde si l'on ne voulait pas laisser trop de foin en route. Deux adultes étaient nécessaires, le plus fort au serrage en prenant appui sur sa jambe, le second retenant la corde bien tendue. Les enfants, pieds nus, pouvaient y participer à condition de tenir l'extrémité de la corde. C'était toujours un moment agréable de participer au dernier acte dans la prairie.


De novembre à février, les troupeaux ne quittaient guère l’étable où ils recevaient foin, ajonc, houx et lierre. Quand la météo le permettait, ils étaient conduits dans les friches et les landes, plus pour se dégourdir les jambes que pour se nourrir. A l’arrivée du printemps les greniers demeuraient vides. Les vaches produisant du lait seront placées dans les « griennes *», attachées à un piquet. L’herbe de mai y est de qualité. Le menu sera complété par un peu de colza servi à l’étable. Les génisses et veaux seront dirigés vers les landes, ils y trouveront un peu d’herbe (graminées et oseille sauvage en particulier). C’est l’objet de la toile. Ce petit troupeau sera encadré par des enfants, lesquels ne manqueront pas de profiter du printemps de mai. L’association de certains oiseaux avec des fleurs va de soi : coucou et orchidée, corbeau et jacinthe, perdrix et bruyère, tourterelle et cardamine.
*« grienne » (grizienn) : dans les champs, c’est la bande non cultivée le long des talus et autour des parcelles.


Un moment bien agréable à l'occasion des foins !
Les journées sont longues à cette époque de l'année et une pause sera la bienvenue !
Tout à côté des bâtiments de ferme, il y avait toujours un ou deux cerisiers. Les enfants grimpaient les pieds nus, coupaient les branches les plus fournies et les jetaient vers les femmes qui les attendaient, le tablier ouvert.
Il restait à faire la distribution à toutes les personnes rassemblées là pour se reposer, bavarder ou battre la faux. Les voisins pouvaient participer à cette petite fête.


Pas un métier véritable. Une spécialité cependant. Un travail généralement réservé aux "sans domicile fixe". Le travail leur apportait le repas, une place au grenier et une petite somme, quelques avantages exceptionnels : celui de dormir à la place du cochon qui venait d'être tué, celui de récupérer les vêtements du mort éventuel.
J'ai gardé le souvenir précis de celui qui venait à notre ferme. On l'appelait "Misère", il nous menaçait toujours de se noyer dans le Blavet s'il n'y avait pas de travail pour lui ! Nous étions fiers de lui porter son repas à la lande. Il fallait pour cela deux enfants car deux bouteilles de cidre étaient indispensables. Il nous réservait des surprises, des nids de rossignols, des vipères ou couleuvres...
