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Cette modeste chapelle recevait chaque dimanche matin les villages proches. Un prêtre venait du bourg pour l'office et le catéchisme des enfants scolarisés à l'école de la République. Généralement, la communion avait été alors précédée d'un passage par le confessionnal.
Ainsi, en dehors de la période de Pâques, seules quelques femmes « habituées » trouvaient le temps d'aller à confesse avant la communion. Les hommes n'aimaient pas beaucoup la confrontation avec le prêtre ! C'est vrai que les motifs de réprimandes de ce côté-là étaient nombreux ! Durant la communion, contrairement à l'époque actuelle, il n'était pas question de s'asseoir ou de se mettre à genoux. La position debout était de vigueur.


Le paysan était fidèle à son rendez-vous avec la messe dominicale.
Au delà de la messe, c'était l'occasion de faire quelques commissions et de retrouver parents et amis, le temps de prendre des nouvelles des uns et des autres. C'était aussi l'occasion de connaître les nouvelles officielles de la bouche même du garde champêtre en charge des publications.
La messe elle-même était dite et chantée en breton. Les paysans, comme les marins, mettaient beaucoup de force dans les cantiques qu'ils chantaient, autant avec leurs poumons qu'avec leur coeur. À côté de saint Lucas, le patron de la chapelle, saint Cornely tenait une grande place, chacun comptant sur lui pour la protection de son bétail.


Nous sommes un dimanche matin du mois d'avril. Le printemps est là, l'herbe a repris sa couleur, cerisiers et aubépines sont en fleurs. Les gens arrivent des villages voisins. Le bedeau tire tant qu'il peut sur la cloche. Pour ceux qui sont à la traîne dans les sentiers, il est temps de presser le pas.
Avant d'entrer dans la chapelle, on échange quelques paroles. Faire traîner la conversation est un moyen pour certains de se retrouver le plus loin possible du curé, tout au fond près de la sortie. Ils ne sont pas mauvais chrétiens pour autant. D'autres se sont attardés, volontairement ou non. Les villages sont parfois éloignés de plusieurs kilomètres. Le matin, soigner les bêtes peut demander plusieurs heures. Et puis le trajet, du village à la chapelle, est aussi l'occasion de vérifier l'avancée de la saison sur les champs et les prés.
La chapelle en question, Saint-Lucas à Kergonan, a aujourd'hui disparu. Elle a fait les frais de la rectification de la Nationale 24.
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Le pardon de Sainte-Anne-d'Auray est fortement inscrit dans la tradition bretonne. Son message, depuis les origines, souligne son caractère familial.
La position de la commune de Languidic avait une spécificité découlant de sa proximité : à pied ou en char à bancs, le pèlerinage était possible du matin au soir. Le 26 juillet, en plein été, les sentiers et chemins étaient secs, ce qui rendait le parcours agréable.
La traversée des villages donnait l'occasion de saluer les oncles et cousins, l'occasion aussi de mesurer la hauteur des meules de seigle sur l'aire à battre. La traversée des zones cultivées permettait l'évaluation des récoltes à venir : céréales, choux, betteraves, pommiers et châtaigniers en fleurs.
Les troupeaux dans les prairies alimentaient également les commentaires. Du côté de Pluvigner, les parcelles de blé noir en fleurs illuminaient la campagne.
Un pèlerinage agréable donc pour ceux qui avaient à réaliser les promesses faites tout au long de l'année.


Nous sommes dans la deuxième quinzaine d'août. La moisson est terminée et les labours de l'automne sont pour plus tard. Une pause bien méritée en somme, pour ces chevaux et leurs maîtres. Avant tout il s'agissait d'une fête religieuse. L'occasion de bénir et, par conséquent, de protéger le cheval auquel on doit tout. Le cheval est accompagné de tous ses supporters. Qu'ils soient venus à pied ou en char à bancs. Comme lui, ils participeront à la procession et à la messe. Il est particulièrement soigné, habillé, paré. La queue et la crinière tressées et ornées de fleurs. Il donne l'impression d'en être fier lui-même. Il doit tenir son rang, car il est connu de tous dans un rayon de quelques kilomètres. Pour les chevaux les plus doux, il était courant que ce jour là, exceptionnellement, ils soient montés par des adolescents.
Cette chapelle, dite de Saint-Roch, se trouve entre Pont-Augan et Quistinic, non loin du Blavet. Depuis bien longtemps, les chevaux ne viennent plus à elle.


Le mois de juin est là. C'est le pardon de Saint-Mathurin. Il fait beau, les genêts, en pleines fleurs, bordent les sentiers. Les prairies attendent que la faux vienne prendre le foin. Pour aller de Pont-Augan à Quistinic, par une si belle journée, il n'est pas question de prendre la route vicinale. Les sentiers, passant par la lande en bordure des bois et prairies, s'imposent forcément. A partir de dix heures, des milliers de grillons accompagneront nos promeneurs. Comme il fait beau, rien ne presse pour ceux qui voudront écouter la messe à l'extérieur de l'église. Quelle aventure pour les enfants !


Il y a quelques jours, la batteuse a fait son travail : l’aire à battre a perdu ses trois meules, avoine, seigle et blé. La paille est toujours là, lumineuse. Tout s’est bien passé, le grain est à l’abri dans le grenier. C’est donc un 15 août heureux ! Trop petite pour ce rendez-vous annuel, la chapelle donnera une messe où chacun pourra chanter sa joie en breton et par la même occasion, remercier Dieu, ou plus encore ses saints, d’avoir contribué à la réussite de la moisson. La messe terminée, chacun s’arrêtera chez les voisins le temps d’un café chaud, d’une rincée de calva et d’un morceau de far. Dans les villages proches, un bon repas viendra clôturer cette belle journée. Demain il faudra reprendre les outils.
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Jusqu'en 1950, bien des villages étaient encore enclavés et le cheval s'imposait pour rejoindre le chemin vicinal le plus proche.
Le cercueil était chargé sur un char à bancs. Le cheval était conduit tenu à la main par son maître qui l'accompagnait à pied. Les parents et voisins accompagnaient le corps à pied. Pour le retour, ils trouvaient une place sur les chars à bancs des amis venus au bourg à l'occasion de l'enterrement. Le convoi était silencieux, quelques chuchotements se mêleront aux prières, sans plus. A la tête du convoi, la route est ouverte par les porteurs de la grande croix. A l'arrivée dans le bourg, le prêtre les accueillera dans un lieu précis (Pont-Bellec à Languidic) pour rejoindre l'église. Sur la route, dans les champs le travail s'arrêtera un instant, le temps de laisser passer le corps en silence.
C'est janvier, le gel est encore présent et une famille s'active autour du bois qu'il faut mettre en fagots.


Le printemps est bien là : autour du premier mai c'est le moment de semer, avec les premières journées tièdes. Les arbres fruitiers laissent pointer leurs jeunes feuilles, les bourgeons à fleurs gonflent. L'espoir est grand d'avoir des récoltes généreuses. Cependant, rien n'est garanti et les intempéries pourront venir mettre à mal cet espoir. Plutôt que de souscrire un contrat d'assurance, il était recommandé de faire des prières, de laisser tomber dans chaque parcelle un peu d'eau bénite et de laisser une trace de son geste par un rameau de hêtre ou de bouleau. Dans le village, le puits aussi recevra marques et prières en espérant que, pendant l'été à venir le niveau d'eau résistera à une sècheresse éventuelle. Les maisons, enfin, seront marquées à leur tour d'un rameau, censé écarter ainsi le risque d'incendie par les chaudes journées de l'été.


Une soirée d'adieu pourrait-on dire, car celui qui vient de perdre la vie demeure, entouré des siens.
Les voisins, mais aussi les amis des villages proches, le soir après le repas, se sont déplacés pour saluer celui qu'ils enterreront demain. Les enfants accompagnaient naturellement leurs parents. Nous étions terriblement impressionnés face à ce corps rigide. Difficile de ne pas diriger vers lui notre regard. Un profond silence était souligné par les chuchotements, les prières sur les lèvres, le crépitement du feu dans la cheminée ou le bruit des cuillers de ceux qui avalaient leur soupe.
Justement, ceux qui avaient le privilège d'être assis à table seront de service toute la nuit. Quand il s'agissait d'une personne âgée et que la situation n'était pas tragique, tout au long de la nuit, il n'était pas seulement question de prières. Il était d'usage de passer en revue les bêtises faites ici ou là par l'intéressé. Une manière de réchauffer l'atmosphère, de lui pardonner et finalement de lui rendre service en l'aidant à pousser la porte du paradis.


Kanamb Noel, Noel, Noel ! Ganet e' Jézus hur Salver Kanamb Noel ! (Chantons Noël, Noël, Noël ! Jésus notre Sauveur est né Chantons Noël !)
La tradition qui consistait à se présenter la nuit de Noël devant les maisons a disparu avec la dernière guerre. Ce chant demeure le cantique incontournable des cérémonies de Noël. Par temps froid, il était naturel que cela finisse par une boisson chaude, le temps de se réchauffer devant une grande bûche crépitant dans la cheminée.


Autrefois, le Vendredi saint se devait d’être un jour maigre sans être chômé véritablement. Par tradition, c’était le moment choisi pour mettre en terre la semence qui donnera, fin juin, de délicieuses petites pommes de terre nouvelles. Les petits pois semés au même moment seront également au rendez-vous.
Nous sommes mi-avril, le printemps est bien là alors que les chênes et les pommiers poursuivent leur sommeil. Les cerisiers illuminent de leurs fleurs blanches le potager tout entier. Les primevères, le long des talus, forment un ruban jaune. Les pâquerettes ne sont pas en reste, alors que, dans les haies, l’aubépine blanche semble chanter avec les pinsons. Les deux ruches, sagement, sont déjà au travail.
Un jour maigre, oui, mais avant tout, un jour de printemps, un jour de fête. Le cheval a été invité à partager ce moment avec sa charrue ; il apportera sa contribution mais le sillon est si modeste qu’il ne connaîtra pas la fatigue.
