

Février s’achève. La nuit a été froide. Sur la partie humide de la lande, à l’ombre, la gelée blanche est encore perceptible. Sur la partie plus sèche, une timide lumière apparaît avec le lever du soleil. C’est le moment choisi par deux lièvres mâles pour engager leur lutte en vue de s’approprier ce territoire. Le lièvre a besoin d’un grand espace, comprenant la lande toute entière mais aussi les friches voisines et au delà, la couronne des champs cultivés. Il n’y a pas de place pour deux. Le renard a terminé sa tournée nocturne. C’est pour lui l’heure de s’enfoncer dans cet ensemble d’ajonc haut destiné à donner des fagots. Partout, l’ajonc retrouve ses fleurs jaunes. Les bouleaux rougissent avec le début de la montée de la sève.


Cette modeste chapelle est située entre Quistinic et Pont Augan.Une fois l'an elle accueillait les chevaux pour une bénédiction en été.La lande se prêtait à un tel rassemblement.Nous sommes en février, la sève va bientôt monter aussi il faut finir le toilettage de ce petit territoire naturel autour de la chapelle.Dans la zone humide une femme ramasse au râteau les feuilles mortes.Un couple fait des fagots d'ajoncs. Ils seront précieux pour le feu à crêpe.Le coupeur de lande tient sa place.Il prépare les mottes de bruyère qui serviront de litière dans les étables.


Les incendies étaient fréquents dans le mois de mars.Alors que la sève n'était pas encore montée, que l'herbe nouvelle se réveillait à peine ; au sol la fougère sèche pouvait s'enflammer à la moindre étincelle.Comme la lande n'était pas boisée, l'ajonc et la bruyère étaient à la merci d'un coupeur de lande allumant son feu pour réchauffer sa maigre soupe au lard.Le risque n'était pas important tout compte fait. Les habitations n'étaient pas proches.Alors tout au plus il était question de la destruction d'un peu de litière et bois à fagots.Dès que la fumée était visible du village voisin tout le monde se précipitait tenant à la main une branche de bouleau ou de genet. Bien souvent cela suffisait à maîtriser les flammes.C'était aussi une bonne occasion de se retrouver solidaires face à la difficulté.


Cela se passait en février-mars, juste avant le réveil du printemps.
La coupe du bois est juste achevée avant la montée de la sève, mais les greniers sont vides et l'herbe du printemps se fait attendre. Alors, il reste une dernière extrémité, c'est d'aller sur les arbres prendre le houx, le lierre et les ajoncs à la lande.
Ce n'est pas un honneur d'en arriver là car cela signifie que l'on a mal récolté foin et paille ou que l'on est locataire avec des prairies modestes. À cette période de l'année, la lune est toujours bien claire et les paysans y voyaient un homme marchant dans la lande avec sur son dos le "beh-lan" c'est-à-dire le paquet d'ajoncs qu'il venait de récolter. Si les chevaux aimaient l'ajonc, pour les vaches, il était nécessaire d'en faire un mélange avec le houx et le lierre.
Les boeufs qui tiraient charrette et charrue avaient un régime de faveur, des ajoncs finement pilés dans une auge de pierre.


Pas un métier véritable. Une spécialité cependant. Un travail généralement réservé aux sans domicile fixe. Le travail leur apportait le repas, une place au grenier et une petite somme. Quelques avantages exceptionnels :
- celui de dormir à la place du cochon qui venait d'être tué- celui de récupérer les vêtements du mort éventuel.J'ai gardé le souvenir précis de celui qui venait à notre ferme
- on l'appelait "Misère", il nous menaçait toujours de se noyer dans le Blavet s'il n'y avait pas de travail pour lui !
Nous étions fiers de lui porter son repas à la lande. Il fallait pour cela deux enfants car deux bouteilles de cidre étaient indispensables.
Il nous réservait des surprises, des nids de rossignols, des vipères ou couleuvres...


Le printemps est bien installé.L'oseille sauvage se dépêche d'occuper la lande.En effet très vite un épais tapis de bruyère, de fougère et d'herbe va la recouvrir toute entière.A l'automne le coupeur d'ajonc pourra venir faire ses mottes de litière.L'ajonc abandonne progressivement son jaune d'or laissant au genet le soin de maintenir le jaune pâle tout au long du mois de juin.Dans les sous-bois la jacinthe offre son bleu intense.De part et d'autre des talus qui bordent les prairies, l'orchidée est en pleine floraison.Ici ou là quelques taches violacées de pédiculaires.Dans les prairies la cardamine laisse monter sa longue tige fine pour mieux précéder les marguerites.Sur les talus, les chênes laissent échapper leurs premières feuilles encore tendres.Les couvées de merles, grives et bergeronnettes ne manquent pas d'insectes.Quel bel exemple de biodiversité !Dès que le soleil effacera la rosée du matin, la lande toute entière se laissera envelopper du chant de milliers de grillons.


Mars est là ! L’ajonc gorgé de sève est en pleine floraison. Les petites fleurs savent qu’en avril il n’y aura plus de place pour elles. Alors, naturellement, elles se dépêchent d’occuper ces petites surfaces que le bétail a broutées entre les touffes d’ajonc, le long des ornières, et au bord des talus. Pâquerettes, violettes, ficaires, faux fraisiers, mousses, pédiculaires et tant d’autres moins connues semblent s’être données rendez-vous bien à l’abri pour former ici ou là des taches violacées, bleutées ou blanchâtres. Timides, cachées, elles ont raison d’occuper ces petits espaces. Dès les premières semaines d’avril de multiples graminées vont les ignorer pour mieux les recouvrir. Un régal pour les randonneurs qui à la sortie de l’hiver prendront la peine de participer au réveil de la lande. Sur la partie gauche de la toile, une tache brune et orange. Il s’agit d’un chaume qui résulte de la récolte du blé-noir faite en automne.


Avril est là. Avec lui, la nature s'exprime pleinement tout en proposant des variantes pour mieux souligner le sol et les expositions ;Au centre, un espace humide alimenté par une source entourée de saules. La molinie est là chez elle, lumineuse.En haut, le versant domine la zone humide. Sur la gauche, place à la lande. L'ajonc à tige haute, destiné aux fagots, est en pleine floraison.Sur la droite, les pins maritimes au milieu des bruyères, de l'ajonc nain et de la fougère mêlés.Au premier plan, les bouleaux ont retrouvé leur feuillage, celui du printemps. A leur pied, un épais tapis brun rougeâtre composé principalement de bruyère à balai. La récolte de cette bruyère va avoir lieu, elle permettra de garnir les étables fraîchement vidées de leur fumier d'hiver dirigé vers les semis de printemps.


Début avril, le printemps encore timide est bien là.Dans la lande au sol particulièrement acide, l'oseille est très présente par sa tige en fleurs couleur rouille.Un peu partout le vent vient se mêler à ce fond brun roux au pied des touffes d'ajonc et de bruyère.De temps en temps de belles surfaces de pédiculaires aujourd'hui si rares.Nous l'appelions "soupe au lait". En effet sa couleur rappelait le lait roussi au beurre pour la préparation de la soupe au lait que les hommes appréciaient de matin sur des crêpes.Les bouleaux laissent échapper une pointe vert tendre alors que les chatons des saules sont "passés" le long des talus à l'abri l'herbe reprend sa place.L'ajonc est en pleine fleurs, son jaune est éclatant.Les chênes commencent à sortir de leur long sommeil. En mai leur feuillage sera en place.Ici ou là, les cerisiers sont couverts de fleurs blanches.
