Écoutez le témoignage


Les journées sont longues à cette époque de l'année et les corps, fatigués par les travaux de la moisson, ont besoin de s'éloigner des outils et des charrettes.
Rien de tel qu'un rassemblement, un dimanche après-midi, entre les villages voisins, le temps d'un concours de boules ! Le café tenu par le forgeron était le point de rencontre idéal. Les hommes, organisés en équipes, occupaient les différents espaces de jeux : grosse boule, boule pendante, boule à trou, palets.
Sur l'herbe à proximité, femmes, vieux et enfants regardaient à distance, tout en conversant à propos du quotidien.
En fin de journée, dès que le soleil atteindra la cime des arbres, l'heure sera venue de se séparer et de retourner à la ferme où le bétail attend. Quelques retardataires ne manqueront pas de poursuivre la conversation au comptoir.


C'est la mi-août. Les meules attendent l'arrivée de la batteuse.Si le grain n'est pas encore à l'abri dans le grenier, on peut dire que la partie est gagnée car les gerbes ne craignent plus l'humidité.
En ce dimanche après-midi, la détente est donc permise. Les deux femmes sont dans le jardin pour une visite mais aussi pour mettre de côté les graines les plus intéressantes pour l'année à venir. Les deux hommes sont assis sur l'auge, près du puits. Ils conversent de choses plus sérieuses que les fleurs ! Et puis, c'est aussi l'occasion de goûter le premier cidre nouveau.
Cette récréation sera de courte durée car, dès 17 heures, les porcs vont réclamer leur repas alors que les vaches voudront donner leur lait.


C'est dimanche, il fait beau. Rien ne presse, les céréales blanches, avoine, blé et seigle sont à l'abri en meules. La batteuse peut venir : désormais le chemin pour aller de la meule au grenier est sans risque.
Le potager est généreusement pourvu à cette époque de l'année : petits pois, haricots, salades, oignons, tomates… Les pêchers sont bien garnis également mais il faudra encore attendre quelques semaines. A côté des légumes, la maîtresse de maison s'est réservé un peu de place pour ses fleurs préférées : dahlias, reines-marguerites, lupins… Face au lever du soleil, à l'abri des vents, les abeilles poursuivent leur travail. Après le café, c'est la visite du potager. Comme chaque année, il est question d'échanger des graines.
Quelques amis de passage s'arrêtent, se penchent sur la clôture pour mieux entrer dans la conversation. Devant la remise, l'homme, moins concerné par les fleurs, continue de battre sa faux.


L'été a été favorable, la moisson se déroule bien et la lune promet une bonne semaine de temps ensoleillé. Une trêve est donc possible en ce dimanche puisque rien ne presse.
Le jardin est en pleine floraison : dahlias et reines-marguerites sont magnifiques ; aussi, la visite d'une amie voisine est la bienvenue le temps d'un café. Les hommes ont organisé une partie de boules dans la cour de la ferme (penher) : quelques bolées de cidre bouché en perspective, les dernières avant la récolte. La grand-mère aussi a souhaité être de la fête, sa chaise a été placée de telle sorte qu'elle puisse participer à ce rassemblement. Cette récréation sera de courte durée : les porcs ne tarderont pas à réclamer bruyamment l'auge, tandis que les vaches devront être traites avant de rejoindre les prés.


C'est l'été, en pleine moisson. Les mouches, avec la chaleur, sont aussi agressives que nombreuses. Alors, par ce beau dimanche d'août, on a trouvé le temps d'installer la table à l'ombre d'un pommier. Une manière de s'éloigner des mouches bien sûr, mais aussi l'occasion de donner à ce repas du dimanche un air de fête. Une branche de châtaigner fraîchement coupée est placée contre la fenêtre, elle gardera un peu de fraîcheur dans la maison.
On prend son temps puisqu'il n'est pas question d'aller dans les champs. L'après-midi, les uns feront une longue sieste dans le grenier à foin, le temps de bien se reposer car demain sera rude. D'autres, les plus jeunes, iront prendre un bain dans l'Evel avant de s'occuper des vaches après 17 heures. Les femmes trouveront un peu de temps pour leur jardin de fleurs. Des voisins ou parents passeront peut-être, le temps d'une visite rapide.
Écoutez le témoignage


Un dimanche d'août. La moisson est à l'abri et la fête peut s'organiser dans le hameau.
A côté des jeux de boules et d'autres concours, il était courant d'organiser un tournoi de lutte bretonne avec un mouton en récompense au vainqueur. Pas besoin d'une autorisation préfectorale. Un pré, un peu de sciure de bois, une corde et un arbitre volontaire pour conduire le combat. La chapelle toute proche rappelle à chacun que l'adversaire doit être respecté et qu'il n'y a pas de place pour la violence. Les hommes forment un cercle autour des lutteurs tandis que les plus jeunes grimpent sur tout ce qui peut leur donner une bonne vision du combat. Loin de la brutalité des hommes, les femmes, chacune dans son petit jardin, participent à la fête.


C'est juillet, l'eau de cet affluent du Blavet est tiède.
C'est le rassemblement, un dimanche après-midi un peu comme à la place. Sur l'herbe, les vieux se reposent tout en surveillant les enfants. Dans l'eau, surtout des garçons : quelques-uns seulement savent nager, les autres plongent, patouillent ou avancent avec un pied au fond du lit de la rivière. Sortis de l'eau, une seule manière de se réchauffer : courir autour des prés fraîchement fauchés.
Au fond, les premières collines couvertes d'ajoncs annoncent Quistinic. Dès 17h00, la fête va s'arrêter, grands et petits devront rejoindre leur village. Les adultes se chargeant de la traite et du repas des porcs, les enfants accompagneront les vaches à la prairie.


Le "mellad" (ar vellad) ou soule, un jeu qui s'est éteint avec la dernière guerre, était largement pratiqué sur les communes de Languidic, Pluvigner et Brandérion.
Quelques repères pour qualifier ce jeu qui pouvait se comparer au rugby. Deux équipes s'affrontaient avec quelques règles afin d'éviter les brutalités éventuelles. Comme pour une touche, la balle était lancée en l'air et celui qui la saisissait devait la placer dans un but déterminé à l'avance, souvent dans le foyer de telle ou telle maison d'un village. Si le porteur de la balle était plaqué, celle-ci devait être remise en jeu. Les courses-poursuites étaient spectaculaires par les chemins creux et les sentiers. Ce jeu se pratiquait de préférence à l'automne, ce qui permettait de courir les pieds nus. Le départ du jeu se faisait généralement dans les landes, loin des habitations. Le ballon plus petit que celui de rugby était bourré de sciure de bois.


Jusqu'en 1950, les courses cyclistes ont constitué le support des fêtes locales.
Autour de cette attraction majeure, les boules, palets, casse-boîtes et autres jeux assuraient l'animation du village organisateur de la fête. Les bistrots de plein-air étaient couplés avec les stands, ce qui permettait d'être au cœur de la fête sans jouer obligatoirement. Le bal du soir appartenait aux jeunes, alors que les parents avaient repris le chemin de la ferme où les animaux les attendaient. L'automobile aura raison de ces petites fêtes locales où l'on se rendait à pied ou à bicyclette.
Écoutez le témoignage


C'était un évènement important, souvent grave. En effet, dans la majorité des cas, la vente découlait d’un décès. Il s’agissait en réalité d’une liquidation.
La recette, plutôt modeste, ne pouvait compenser cette perte : des objets auxquels plusieurs générations s’étaient attachées ; même les animaux étaient cédés avec une certaine tristesse.
Mais le village profitait de cette occasion pour prendre des allures de fête. Les amis venaient pour acheter, mais surtout pour être présents. Les voisins saisissaient cette occasion pour recevoir de la famille, qui ne serait pas déçue de cette réunion. Une vente pouvait bien souvent être suivie d’un départ, d’un déménagement.
Ici, le village de Kerdaniel.


Le spectacle était forcément modeste. La présence d'un tel cirque étant si rare dans les petits villages que la population n'hésitait pas à participer à la fête.
Au programme : des animaux plus ou moins dressés (chiens, chèvres et singes le plus souvent) ; un jongleur complétait son numéro par des tours de prestidigitation qui impressionnaient toujours. Pas de trapézistes mais, généralement un acrobate qui marchait sur un fil. Côté orchestre, une batterie toute simple. Enfin un clown, souvent musicien, amusait petits et grands.


Le cinéma est apparu dans les zones rurales à la fin de la dernière guerre. La Résistance en particulier a rapidement été portée à l'écran. Le comique, avec Charlot, a suivi tandis que les premiers westerns apparaîtront en 1946-1947. A Kergonan, c'est l'instituteur qui organisait les séances en hiver. Le local, une salle de bistrot, était généralement mis à disposition par Marie-Anne et Mathurin Le Floc'h. La séance avait lieu en soirée, les enfants sans limite d'âge accompagnaient leurs parents, quitte à tomber de sommeil à l'approche de minuit.


Les grands travaux sont terminés, les nuits sont longues ; on peut prolonger la journée autour de la cheminée qui apporte lumière et chaleur.
Au menu : de petits travaux, des causeries, du cidre chaud, des châtaignes grillées. Le grand-père se charge d'entretenir le feu. La grand-mère est couchée. Mais, si ses yeux sont clos, il y a des chances que ses oreilles soient bien ouvertes, prêtes à ramasser les bonnes histoires qui ne manqueront pas de tomber.
Si les voisins sont invités, la fête prendra le pas sur les travaux. L'électricité d'abord, la cuisinière "Rosières" ensuite, le gaz enfin, vont avoir raison de la cheminée. Quelques années plus tard, c'est la télé qui occupera la place, fête en moins.


L'hiver est là, les journées sont courtes. Il n'y a pas lieu de se lever avant le soleil, il faut seulement accompagner le rythme des animaux domestiques qui ne quitteront pas l'étable pour s'alimenter.
A l'inverse, les nuits sont longues, froides et l'électricité est encore bien rare. Il est donc naturel de poursuivre la journée autour d'un bon feu de cheminée. L'occasion d'inviter les voisins le temps de griller des châtaignes, boire du cidre, bavarder tout en tricotant, préparer des manches d'outils pour les travaux à venir.
Le "filaj"* dans l'étable était rare car peu de cheminées débouchaient hors de l'habitation. Et pourtant, ce lieu était fort apprécié. La compagnie des vaches mais aussi la chaleur qu'elles dégageaient, le foin dans le grenier, l'épaisseur du fumier, contribuaient à une bonne atmosphère.
Avant l'arrivée de l'électricité entre 1946 et 1947, le fanal s'était heureusement généralisé, renforçant la lumière du feu ou des bougies façonnées avec de la résine.
*"filaj" = veillée d'hiver
Écoutez le témoignage


Cela se passait autour de Pâques, dès les beaux jours installés. Les remises, vides à cette période de l'année, se prêtaient à l'installation des tables. Le village se mobilisait pour la semaine : le lundi, pour dresser les tables, allumer les fours, abattre les veaux, regrouper les mottes de beurre, le pain, etc. ; le mardi, le mariage avec le passage à l'église, le mercredi, suite du mariage avec les invités les plus proches ; le jeudi, petite festivité autour des restes et début de la désinstallation. Le vendredi, chacun reprenait sa « Rosières », ses échelles, bancs, tonneaux, marmites. Le tout accompagné de chansons et de quelques danses avec un musicien local.
Pour autant, les animaux étaient normalement traités dans les étables et écuries. Pas de travaux dans les champs à la sortie de l'hiver ! L'aire à battre, par son sol et la proximité des remises, se prêtait naturellement à ce rassemblement de chanteurs et danseurs.


Le four est mis en route. Il restera chaud toute la semaine : rôtis de veau et gâteaux y seront cuits, en particulier. Dans la remise, les tables sont levées à l'abri, car en cette période de l'année, le temps n'est pas assuré. C'est la période de Pâques, les pâquerettes sont en fleurs et la pie a bien avancé son nid.
Les chaudières « Rozières » sont montées en plein air. On y cuira le ragoût et la soupe. Un premier porc est abattu dehors, tandis que les veaux sont découpés dans une grange. Les légumes se préparent en plein air. Une première barrique de cidre est percée, plus pour les personnes en charge des préparatifs du lundi que pour les repas de la noce à venir.
Ce chantier, ouvert le lundi, se poursuivra jusqu'au jeudi, le temps de restituer les tables, bancs et vaisselles, empruntés aux voisins, soit quatre jours de fête pour deux noces (mardi et mercredi).


Il s'agissait d'une « grande lessive ». Les draps et chemises étaient bien souvent en toile de chanvre et lin, d'où la nécessité de les bouillir. Les hommes étaient, ce jour-là, à disposition des femmes. Les tâches pénibles ne manquaient pas. Un tel rassemblement du village autour de son lavoir devenait généralement une fête. Les haies, préparées en conséquence, servaient de fil à linge. La "grande lessive" avait lieu une fois l'an, généralement dès les premiers jours du printemps.


Noël a toujours été un moment important dans nos fermes.
C'est l'occasion choisie pour ramoner la cheminée. Chacun prépare son fagot de houx ; le ruscus (appelé "freskon" dans le pays de Languidic) également s'y prêtait bien. Il fallait être à deux hommes : l'un montait sur le toit, l'autre se tenait au pied de la cheminée à l'intérieur. Une longue corde permettait d'actionner le fagot de bas en haut. Le travail achevé, il était naturel de boire un petit coup avant de passer à la cheminée du voisin.
La fête avait commencé ! Ce jour-là aussi, les animaux étaient particulièrement bien soignés. Les vaches notamment étaient maintenues à l'étable sur une belle litière. La bûche, une grosse souche de chêne, avait été mise de côté pour cette occasion. Le feu devra être allumé à la nuit tombante.
