

Février est là et l'hiver a été rude.Dans le grenier il reste un peu de foin pour le cheval, le tas de racines (betteraves et navets) est très réduit.Dans les friches, l'herbe nouvelle c'est pour la fin du mois de mars.Un seul recours pour le bétail ; l'ajonc, le lierre et le houx.Les enfants particulièrement lestes étaient réquisitionnés le jeudi après-midi. Ils grimpaient sur les chênes et faisaient tomber à terre le lierre tandis que les adultes dépouillaient le houx avec la serpe.A la ferme, à la serpe, le bois était séparé du feuillage lequel était broyé à l'aide du coupe lande.La ration idéale était obtenue par le mélange ajonc plus lierre plus houx.


Le blé semé en octobre est levé.Les corbeaux, poussés par le froid et le gel qui s'installent en Pologne et Russie, arrivent chaque jour par milliers.Une parcelle modeste, loin des habitations, proche d'un bois faisant office de dortoir est une cible idéale pour ce nuage de corbeaux.L'épouvantail n'est d'aucune utilité !Dès que le grain de blé laisse apparaître son germe tendre il fera l'affaire de l'oiseau.Les jours sans école, c'est-à-dire les jeudis et dimanches, les enfants sont de service.Aidés de leur chien à vaches ils vont organiser la chasse. Hélas une fois le dos tourné, le temps de rejoindre le village pour le repas du midi, les corbeaux vont quitter la cime des arbres, plonger sur la parcelle de blé pour reprendre leur festin.


Chaque parcelle cultivée était bordée d'une bande en friche.Elle reliait la terre labourée au talus faisant office de clôture.Chaque année, avec les gelées et la chute des feuilles cette bande était soigneusement peignée.Côté talus, feuilles mortes, ronces, genet feront une excellente litière.Côté culture, l'herbe au printemps sera broutée par les vaches tenues attachées par une chaîne pivotant autour d'un piquet en bois.Il ne s'agissait pas d'un travail pénible, l'effort produit suffira à réchauffer les corps alors que nous sommes en hiver.Le talus sera choisi en fonction de l'orientation du vent, il constituait un excellent abri natuel.


La coupe de bois de l'année est à peine achevée que la neige est venue recouvrir le talus fraîchement dépouillé. Les fagots sont mis en tas par cinq, ils seront enlevés et rapprochés de la maison, mis en meule, ils sècheront avec les beaux jours.Les branches sciées donneront plus tard une corde réservée à l'instituteur.Les branches entières débarrassées des brindilles suivront le chemin des fagots pour être mis verticalement en tas à proximité des maisons.Le talus a été préalablement débarrassé des ronces, feuilles mortes et fougères aussi dès le mois de mars, les primevères vont partout jaillir entre les arbres.


Nous sommes en hiver, fin de l'hiver si possible. Les feuilles, herbes, ronces et fougères ont été ramassées au râteau et mises en tas pour les besoins de l'étable.La sève ne s'est pas encore réveillée en dehors des chatons de saule- c'est le moment d'aller sur le talus autour des champs et des prairies.
C'est à cette occasion que les haies seront remises en état. Le chêne produisait l'essentiel du bois de chauffe. La coupe avait lieu tous les douze ans environ. Les têtards encore visibles de nos jours résultaient de cette pratique. Le principal de la branche était destiné au bois de corde tandis que les rameaux étaient mis en fagots. Chaque année, mon père faisait 3 à 400 fagots.
Dans la cheminée, le bois de chauffe permettait d'obtenir très rapidement une flamme qu'il suffisait d'alimenter selon que l'on souhaitait plus ou moins fort.
Les crêpes se faisaient obligatoirement avec du bois de fagots.Après le fagot d'ajonc inégalable arrivait le fagot de chêne.
Avant d'être mis en meule près des habitations, le long des talus, le temps de perdre du poids, ils étaient placés en tas de cinq unités, la cinquième faisant le toit. Chaque maison à proximité avait son « toul coat » dans lequel prenaient place un ou deux fagots d'avance.
Ce travail autour des champs en Février me laisse de bons souvenirs:
- Notre paysage quotidien modifié et rajeuni.- Un travail qui réchauffait le corps sans le fatiguer.
- Un parfum extraordinaire, libéré par le bois fraîchement tranché par la hache.
