

Les troncs abattus l'automne dernier doivent rejoindre leur destination.C'est le travail des charretiers. A la fin de l'été le bois a perdu de son humidité, les chemins sont idéalement praticables.Cette séquence des charretiers est particulièrement spectaculaire compte tenu de la longueur du convoi et de la puissance dégagée par les chevaux.Tout naturellement dans cette école, la récréation va se prolonger et ainsi se transformer en leçon de chose en présence des deux instituteurs.Les enfants sont ainsi mélés à l'activité des adultes, pour mieux comprendre le passage de l'arbre de la foret au sabot de bois en passant par les bucherons, sabotiers, charretiers et menuisiers en particuliers.Le diable qui porte le tronc entier sera décroché de la charrette pour libérer les billes destinées aux sabotiers avant de poursuivre jusqu'à la scierie qui réclame des grandes longueurs à débiter.


Dans la nuit, la scierie a été surprise par le gel et une fine couche de neige.C'est le repos forcé.Elle débitait du bois local apporté par les agriculteurs pour leurs besoins propres ou par le charretier chargé de regrouper les grands arbres achetés sur pieds par le propriétaire de la scierie.Châtaigniers et chênes donnaient principalement des pièces de charpente et planches à meuble, le sapin local produisait chevrons et voliges.La scie était actionnée par une loco alimentée par la sciure et les chutes de bois.Le conducteur de la scie avait la lourde responsabilité de la qualité du travail, du rendement et bien sur de la sécurité tout autour du ruban.Il étai reconnaissable bien souvent aux doigts qui lui manquaient.La commune de Languidic avait deux scieriesCelle du bourg au "bot kelen"Celle de Lan Vrehan en lisière de la forêt de Camors.


Un travail qui se situe de préférence à la sortie de l'hiver pour les troncs abattus en automne à la descente de la sève.Le sol est sec et c'est le moment de les approcher de la scierie ou des sabotiers quand il s'agit de hêtre.Les chevaux sont non seulement robustes mais surtout très habiles dans les manœuvres.Difficile de savoir du cheval et de son maître lequel parle à l'autre. La complicité est totale dans la recherche de l'efficacité par des efforts inutiles.Les chevaux de cette taille étaient le plus souvent des mâles castrés.Les hommes aussi produisent bien souvent des efforts violents en particulier quand il s'agissait de pousser les billes de bois dans la charrette qui tirait le diable.Ce travail en forêt ; loin des habitations, exigeait la préparation des repas sur place.Les chevaux eux-même avaient à disposition le foin et surtout l'avoine qui donnait la force nécessaire.


Généralement le sabotier était installé dans un hameau. Son atelier était sommaire, une hutte recouverte de genet.L'activité comportait trois postes de travail.- L taille avec une hache à lame large avec un manche courbe et arrondi à son extrémité pour prendre appui sur l'aine.Ce poste disposait d'un billot placé à l'extérieur.- Une fois dégrossi le sabot était finement taillé avec une longue lame fixé et articulée sur un établi ou cheval de bois.- Enfin le sabot était creusé avec un jeu de tarrieres. Un système de pièces de bois permettait la fixation du sabot sur un second cheval de bois dont les pieds étaient enfoncés dans le sol.Ces deux postes souvent adossés à la hutte recevaient toute la lumière naturelle nécessaire tout en était à l'abri de la pluie.Parfois plusieurs sabotiers se regroupaient pour travailler des troncs en pleine forêt évitant ainsi le transport de billes jusqu'au village.Un fumoir, jour et nuit accélérait le séchage du sabot terminé.


Après l'intervention des bûcherons, les charretiers devaient sortir et rassembler les troncs.A la base de ce travail, un tandem: l'homme et son compagnon (le cheval).- L'homme était en bonne santé et habile car sans aucune adresse, ses os n'auraient pas tenu longtemps!- Le cheval devait faire la somme de sa force, de son adresse et de son expérience.C'est lui qui estimait la difficulté et qui choisissait la manœuvre. L'homme complétait l'action de son cheval et les quelques paroles lâchées étaient avant tout des conseils.Mon père, connaisseur, me disait toujours que ces chevaux « s'usaient » rapidement:Trop d'efforts, trop d'avoine!


Le métier de charretier a disparu avec les tracteurs et engins forestiers.Tout de suite à la libération de 1945, le camion G.M.C. « tout terrain » laissé par les américains a été adopté puis généralisé.
Le charretier pouvait travailler pour le compte d'une scierie (pont de Baud, Languidic) mais aussi au coup par coup pour les sabotiers. Mon père me disait qu'un charretier ne vivait pas vieux, son cheval non plus, tellement l'effort fourni pouvait être violent. Ce qui m'impressionnait le plus, c'était le « diable » avec ses grandes roues, sa flèche et ses grosses chaînes. Les chevaux qui devaient traîner des troncs lourds savaient travailler en utilisant au mieux le terrain. Ils n'avaient guère besoin d'être dirigés. Certains rugissant dans l'effort et c'était un grand spectacle. En fin de journée, les hommes à leur tour produisaient un grand effort avec bien des risques. Il fallait en effet charger des billes sur la charrette; ceux du tableau venaient du pont de Baud, un certain Tréhin, entre autres, je crois.


Nous sommes proche de l'Evel non loin de sa jonction avec le Blavet.Une petite vallée avec le versant sud couvert de bouleaux alors que côté nord une friche est plantée de châtaigniers. Entre les deux une zone humide accompagne un petit ruisseau.Fin octobre, vent et pluie ont fait tomber les bogues au sol et le moment est venu de faire la récolte. Un travail de femme avant tout. Les grosses châtaignes sont destinées à la vente sur le marché du jeudi à Hennebont avec quelques mottes de beurre.Les petits calibres seront consommés par la famille. Cuites à l'eau elles étaient au menu des enfants sur le chemin de l'école tôt le matin.Pour le repas du soir elles seront arrosées de lait ribot alors que dans la soirée il sera question de châtaignes grillées durant le filaj.La récolte pouvait être plus ou moins abondante d'une année à l'autre.


Cela se passe loin du village à la lisière d'un bois, un lieu silencieux car rarement visité, sinon par le geai et le pic vert qui se font entendre.Une fois l'an après la chute des feuilles la récolte de la litière avait lieu.Munies de râteaux les femmes rassemblaient les feuilles mortes mêlées à la fougère sèche.Les hommes plus robustes, à l'aide de fourches approchaient cette litière du tombereauUn enfant ou deux dans ce même tombereau tassait le tout en surveillant et rassurant le cheval qui devait patienter.


Nous sommes en janvier. L'hiver est là.Il a neigé sur le sol gelé. En cette saison, il n'est pas question de toucher à la terre. Fendre des souches, voilà une bonne occasion de réchauffer son corps. Le chêne était particulièrement difficile à fendre, compte tenu des nœuds laissés par les différentes coupes de branches.La panoplie du parfait fendeur comportait des coins en fer, une masse taillée dans du bois de hêtre et une hache. Comme les bottes en caoutchouc n'existaient pas encore, la meilleure façon d'empêcher la neige d'entrer dans les sabots consistait à porter des guêtres qui avaient dû servir durant les guerres de 1870 et de 14/18.Dès que les troncs étaient fendus, les éléments étaient placés verticalement le temps de perdre leur humidité, avant d'être mis en cordes.


Fin septembre était généralement favorable aux cèpes, dès que les premières pluies d'automne rencontraient le sol encore tiède de la chaleur du mois d'août.Les années exceptionnelles n'étaient pas rares, au point que les conserveries de Baud et de Camors organisaient le ramassage des récoltes.C'est le café le plus proche des villages qui se chargeait de la collecte.Les cèpes en sous-bois étaient chose courante mais, avant le remembrement, la cueillette des bolets se pratiquait beaucoup le long des talus, à la lisière des champs, friches et prairies, le long des ruisseaux et des ornières. Dans ces endroits, le cèpe était plus ferme et plus petit aussi.Les paysans mangeaient assez peu de champignons, considérant que cette nourriture n'était pas en mesure de satisfaire l'estomac du laboureur.


L'automne est bien installé. C'est le moment choisi par le cerisier sauvage pour prendre son habit rouge cramoisi. Il nous indique la fin d'octobre. Dans moins d'une semaine, il aura cessé de se distinguer, pour s'évanouir dans les bras du chêne voisin. Sur les talus, le houx profite de cette lumière tiède pour exposer ses baies, déjà rouges pâles. Le talus planté réunit la friche d'un côté et la prairie de l'autre. Un micro-climat idéal pour les cèpes. Les bogues encore fixées aux branches s'ouvrent par les belles après-midi. A la nuit, avec la fraîcheur, elles tombent et libèrent leurs fruits. Il faudra les ramasser avant que novembre arrive avec ses brumes. Ces châtaigniers à la tête ronde ont été greffés.
Ils produisent de grosses châtaignes que le citadin appréciera. Les paysans se contentent des châtaignes sauvages, plus petites, mais délicieuses.