

Le matin dès son lever, le charbonnier doit avant toute chose s’assurer que la cuisson de sa meule se déroule bien, c’est-à-dire lentement. Aujourd’hui, sa surprise est totale ! Alors que le chantier ne connait que la couleur grise du charbon de bois, ce matin une petite neige vient de le recouvrir d’un léger manteau blanc ! Un moment rare pour ce charbonnier et son chien (*) Durant la nuit, la meule a continué sagement sa cuisson sous l’humidité de cette neige. Aujourd’hui sera donc une journée de repos.• Le froid et l’humidité ne permettant pas de prendre la hache pour abattre les baliveaux de bouleaux.• Ce matin le charbonnier aura donc tout son temps pour préparer une soupe au lard qu’il fera mijoter dans la hutte.• Dans l’après-midi, avec son chien il visitera quelques terriers ramenant un ou deux lapins pris dans ses collets.• La meule peut poursuivre sa cuisson lente.* S’agissant d’un charbonnier seul, c’est le chien qui se charge, la nuit, d’avertir son maître d’une odeur annonçant un risque d’emballement de la cuisson.


Un métier à la fois dur et exigeant. Il faut impérativement vivre sur place, de nuit comme de jour tous les jours de la semaine. En cas d’échec, que la meule s’enflamme et c’est le salaire qui partira en fumée ! La conduite de la cuisson exige une grande expérience. Il faut d’abord choisir le bon endroit, non loin de l’eau, à l’abri des vents et que l’approche des rondins profite d’une pente douce. La construction de la meule commence par la cheminée centrale qui laissera échapper la fumée. Elle sera recouverte de mottes de terre devant assurer une bonne étanchéité. L’allumage avec de la braise se fera par le sommet de la cheminée. La cuisson à l’étouffée sera régulée en agissant sur les trous percés à cet effet dans la paroi. La fumée tant par son odeur que par sa couleur indiquera le bon déroulement de la cuisson. Elle durera 4 à 5 journées.


Novembre est là et le vent a fait tomber les dernières feuilles.C'est le moment d'arracher les jeunes plants de pommier. (à la Sainte Catherine tout prend racine)Toute exploitation avait deux à trois cents pommiers adultes qu'il fallait renouveler régulièrement. C'était ainsi jusqu'en 1950.Comme pour les œufs la douzaine ou la demi-douzaine était l'unité de vente pratiquée sur les marchés d'Hennebont, Bubry, Languidic ou Baud.Pour l'arrachage il fallait être à deux, mari et femme bien souvent.L'homme muni d'une brèche spéciale lourde et longue telle une spatule permettait par un mouvement de levier d'extraire le plant avec le plus de racines possibles, mais sans terre…Les branches taillées, les plants étaient assemblés en fagots de six.Une pépinière était vidée en deux ou trois ans.


Cela se passait dans les taillis de Kervarin. Les arbustes, chênes et bouleaux en particulier, étaient abattus puis coupés en rondins.Le charbonnier, à l'aide d'une brouette, rassemblait les rondins pour en faire une meule.C'était une construction délicate. Les rondins, placés à la verticale, devaient laisser au centre une cheminée. Le tout était recouvert par des mottes de terre et d'herbe avec, de-ci, delà, quelques bouches d'aération pour permettre la conduite du feu.Le feu était allumé par le haut, afin qu'il descende progressivement sans s'emballer. La cuisson durait deux à trois jours. Il fallait être vigilant. Une fournée brûlée, c'était aussi le salaire en fumée. Heureusement, le charbonnier avait pour lui l'expérience qui lui permettait d'apprécier la combustion à la couleur de la fumée ou tout simplement à l'odeur.Cette surveillance s'imposait également de nuit. La femme qui, de jour, faisait les fagots,y participait. Le couple s'est construit une cabane pour la durée du contrat.


La production organisée de plants de pommier va s'étendre vers 1948. Avant la dernière guerre un véritable marché existait et souvent la vente était d'un bon rapport.
Les terres des vallées du Blavet et de l'Ével se prêtaient fort bien à cette production.La pépinière était bien protégée du bétail et souvent éloignée des champs labourés.Une atmosphère particulière régnait dans ces endroits cachés loin des habitants - où l'on venait deux fois l'an, en hiver, pour la taille ou pour l'arrachage des plants bons pour la vente.
La pépinière était si isolée qu'il était conseillé de siffler quand on travaillait, une façon d'annoncer sa présence par ailleurs si discrète.
Le sol était recouvert d'un épais matelas de feuilles mortes ramassées dans les taillis voisins.
Deus outils indispensables -le couteau pour la taille, un « Pradel » généralement et une énorme pelle qui servait de levier pour arracher le jeune sans briser ses racines.
