

Dans la nuit, une fine couche de neige s’est posée en douceur sur la Lande. Autour de la chapelle silencieuse, engourdie chaque chose est à sa place. Sous ce léger manteau blanc, personne ne viendra travailler, personne ne passera…et pourtant cette lande est bien vivante. Cette neige est si fine qu’il est aisé de reconnaître l’ajonc, la bruyère, les talus, les cheminements, chênes, saules etc. De même, il est aisé de deviner celui qui a fait les fagots, celui qui a coupé la litière, celle qui est venue laver à la fontaine. La chapelle, immobile, attendra ainsi quelques jours et bientôt retrouvera ses fidèles.


Décembre est là.L'hiver s'installe.La nuit a été froide ; une faible gelée a déposé sa blancheur le long des talus, là où le sol à l'ombre n'a pas profité du soleil de la demi-journée.Un léger manteau de rouille recouvre la bruyère, la fougère et les sentiers bordés de pierres. La molinie blonde éclaire la zone humide bordée de pins maritimes et d'épine noire violacée. Ici ou là, l'ajonc retrouve quelques fleurs jaune-pâle.Loin des villages, la lande est silencieuse.Elle n'est pas vide pour autant.La petite chapelle sur la hauteur attend ses fidèles qui ne manqueront pas de venir la saluer.Le coupeur de lande sera là dès que le soleil aura effacé la gelée blanche. Les faiseurs de fagots feront de même. Plus tard passeront journaliers, mendiants, couvreurs de chaume, chasseurs de taupes, réparateurs de parapluies et bien d'autres encore.À l'approche du printemps viendra le tour des femmes profitant de l'eau tiède de la fontaine pour faire une grande lessive.Enfin, proche de l'été, le jour du pardon, jeunes, enfants, vieux ; tous viendront conduire leurs chevaux recevoir la bénédiction de saint Éloi


Décembre est proche.Dans la nuit, doucement une première gelée blanche s'est posée sur lalande.Cette fraîcheur humide convient à notre coupeur.L'ajonc et la bruyère s'enroulent en souplesse sous son sabot pourdonner des mottes de litière.Ce soir il ne regrettera pas son « loge-bounal » (*)Jean Louis lui offrira une place bien tiède, celle libérée par le cochonqu'il vient de tuer.Un peu de paille fraîche fera l'affaire.Les vaches tout en ruminant partageront avec lui la douceur del'étable.Enfin le cochon tué signifie une bonne soupe au lard frais que lesenfants viendront lui servir avec du cidre nouveau.Par cette journée fraîche, dans la lande, notre coupeur sera plussolitaire que jamais :Le couvreur de chaume ne passera pas, le piégeur de taupes non pluset encore moins le réparateur de parapluie… !Dès que le soleil passera au-dessus des talus, le traquet viendra luitenir compagnie. Il sait que derrière chaque coup d'étrepe les insecteslibérés seront pour lui.(*) loge-bounal : petite hutte en genet.


Nous sommes en février. Dans la nuit, derrière une gelée, la neige s'est posée doucement sur la bruyère.Sur les talus, les noisetiers sont tout surpris de l'hiver, alors qu'ils sont déjà garnis de leurs chatons. L'ajonc en a vu d'autres...Tous les hivers, il n'hésite pas à afficher sa couleur jaune dès janvier. Comme les chatons de noisetiers, ses fleurs ne craignent pas le froid.Sur le sol, le matelas de bruyère recouvert de neige protège les petits animaux, plus ou moins enfouis pour passer l'hiver. Nous sommes loin des villages. Tout est parfaitement immobile, calme et silencieux.


Avec février, l’hiver est toujours bien présent. Une brume légère se pose en douceur sur la lande. La nuit sera fraiche et les arbres se laisseront prendre par le givre. On distingue à peine les cheminements. Les troncs comme les branches nues des arbres disparaissent petit à petit, absorbés par cette atmosphère grise et humide. Les bouleaux à leur tour s’évanouissent abandonnant la blancheur de leur tronc. Sur les talus, les chênes vont s’endormir alors qu’à leurs pieds, quelques sangliers profitent de l’obscurité pour chercher les glands recouverts de feuilles mortes.


C'est jeudi, les enfants ne vont pas à l'école.L'hiver est toujours présent même si ici ou là saules et noisetiers sont recouverts de leurs chatons.Alors que le bétail est rarement sorti durant cette période le moment est venu de se dégourdir les jambes.Les rares vaches produisant du lait garderont l'étable et recevront un peu de choux fourragers complété de houx, lierre et ajonc broyés.Les jeunes animaux prendront la direction de la grande lande commune à trois villages.Le long des talus ils trouveront un maigre repas.Cette sortie se fera sur une courte période dite « an atroé » soit de 10 heures à 15 heures alors que le soleil pâle sera apprécié.S'agissant d'une lande commune, les animaux pourront librement circuler dans ce grand espace.Les enfants en charge de leur troupeau, ne manqueront pas de retrouver leurs camarades d'école.Ainsi, naturellement les jeux vont s'organiser.Cependant ils doivent garder l'œil sur le troupeau ; les bagarres ne sont pas rares, comme la tentation de franchir les talus pour gagner les parcelles cultivées proches où quelques choux sont encore disponibles.


Nous sommes en décembre. L’hiver s’est installé, la prairie et son lavoir sont en mode « pause ». Ce jeudi, les enfants du village sont arrivés avec leur petit troupeau pour l’après-midi. La surveillance des vaches n’est guère exigeante aussi, la présence de châtaignes donne l’occasion de se rassembler en vue d’une grillade ! Petits et grands sont occupés. Le plus grand se chargera d’allumer le feu là ou habituellement les femmes font bouillir la lessive : le trépied et la tôle coupe-vent laissés sur place feront l’affaire. Il désignera ceux qui se chargeront de trouver du bois sec. Un petit groupe chaussé de sabots de bois fera jaillir les châtaignes hors des bogues. Les petites filles, le tablier ouvert feront la navette pour approcher les châtaignes du feu. Au milieu de la lande, perchés sur un menhir couché, deux volontaires assureront la surveillance du bétail. Pendant ce temps, le coupeur d’ajonc fera ses mottes tout en observant les enfants qui ne tarderont pas à venir vers lui avec quelques châtaignes encore fumantes.


Nous sommes en mars. Le printemps s'annonce mais les traces de l'hiver sont bien présentes.La sève monte et les bouleaux ont abandonné leur blanc pâle pour se teinter de rose en attendant l'apparition de leurs petites feuilles.A l'abri, le long des talus, l'herbe reprend vie.Les jours sont plus longs mais les greniers à foin sont vides, les choux et betteraves épuisés alors sans attendre, les enfants doivent conduire les vaches à la lande.La lande étant à disposition de la communauté, deux ou trois enfants étaient nécessaires à la surveillance de 5 ou 6 bêtes.Ceux qui préparaient le certificat d'étude en profitaient pour apprendre les leçons d'histoire et de géographie, tandis que les autres organisaient des jeux (cache-cache, balançoire et tenet).Quand le froid était présent nous étions autorisés à allumer un feu et à griller des châtaignes.


En hiver, si le temps le permettait, les vaches ne restaient pas à l'étable. Elles étaient divisées en deux groupes: Celles qui donnaient du lait et celles qui n'en donnaient point. Le second groupe était confié aux enfants qui les accompagnaient à la lande dite « commune ». Le jeudi,il n'était pas rare d'y trouver plusieurs troupeaux. Les enfants jouant ou chassant les écureuils n'assuraient pas une surveillance stricte et les conflits n'étaient pas rares. Chaque troupeau avait son capitaine de combat et chacun des enfants souhaitait la victoire de son côté.En définitive, accompagner les vaches à la lande reste plutôt un mauvais souvenir tant ces bêtes souffraient du manque d'herbe.
