

Les parcelles étant petites, la charrue était généralement tirée par un seul cheval.Une tâche pénible aussi la manœuvre en bout de sillon permettait une courte pause.L'homme devait extraire le soc, inverser par une rotation le sens du versoir et enfin placer la charrue tirée par le cheval dans le sillon du retour.La synchronisation entre la traction du cheval et le repositionnement de la charrue par l'homme était capitale.Pour un cheval bien dressé et expérimenté, la voix du conducteur devait suffire. Quelques paroles lâchées avec le ton juste et le cheval comprenait très bien la durée accordée afin qu'il souffle un peu.


Les beaux jours sont là.L'étable a été vidée et le fumier encore chaud est dirigé vers la parcelle qui recevra bientôt les plants de pomme de terre.Le tombereau grâce à son mécanisme de bascule se prêtait bien à ce travail et ainsi le fumier était distribué en petit tas.Dans l'après midi, suivant le temps qui s'annonçait, le fumier était réparti le plus finement possible sur la parcelle à labourer.Les femmes contribuaient largement à ce travail qui consistait à agiter la fourche pour briser le plus possible le fumier pour mieux l'épandre.Ce n'était pas un travail attrayant, mais avec le printemps qui s'installait, chacun s'efforçait d'oublier les aspects désagréables du fumier pour ne retenir que le parfum de l'aubépine, des cerisiers et primevères.


Nous sommes mi-avril, le printemps est solidement installé.La terre est un peu plus tiède, les gelées matinales s'évaporent au bout de quelques heures.C'est toute la biodiversité qui semble revivre, les feuillages sur les arbres, l'herbe près des ruisseaux, les premières fleurs, les insectes, les oiseaux, tous semblent participer à ce chantier : le début du printemps.Sur les talus les primevères jaillissent alors que le cerisier est parmi les grands arbres le seul à porter des fleurs. Dans les buissons, le chèvrefeuille accompagne l'aubépine noire.Dans les friches, sur fond d'oseille sauvage, pâquerettes, pissenlits, violettes et pédiculaires sont au rendez-vous.Dans les champs, herses, charrues, rouleaux préparent les sols qui vont recevoir les graines qui apporteront à leur tour la nouvelle récolte.


Autour de pâques il faut être dans les champs ! Les gelées blanches se sont éloignées. C’est le moment de faire les plantations. La priorité revient à la pomme de terre. Le fumier qui a passé tout l’hiver dans l’étable fera l’affaire une fois enfoui par la charrue. Cerisiers, poiriers et aubépines sont en fleurs. Sur les talus les primevères en font de même, alors que les pâquerettes par petites taches éclairent les « griennes ». Colza et seigle que les troupeaux attendaient sont enfin disponibles. Entre la parcelle qui reçoit la pomme de terre et celle semée de trèfle, un « Lannec » ancien continue à produire de l’ajonc pour le cheval. Pommiers et chênes se préparent à sortir de leur sommeil hivernal.« Griennes » bandes en friches entourant les parcelles cultivées.« Lannec » petit espace, semé d’ajonc pour le cheval


C'était début avril, il faut enfouir le fumier avec la charrue.Tout pommier devait être soigneusement contourné et pour cela il fallait, à l'aide d'une houe, creuser le sillon qui recevra la charrue au passage suivant.Le cheval appréciait ce moment, il faisait une courte pause alors que son maître était de service !Si le soc venait à accrocher une racine, le cheval s'arrêtait de lui-même, invitant ainsi l'homme à se mettre au travail.Un bon contournement ne devait pas blesser l'écorce du tronc. Le propriétaire n'hésitait pas à contrôler la bonne exécution du contrat.Plus tard, le tracteur moins scrupuleux ne tardera pas à éliminer les pommiers placés dans les parcelles labourées.


Le printemps est bien installé.Nous sommes tout au début du mois de mai.Tout autour des maisons, les arbres fruitiers sont en fêtes, cerisiers,poiriers, pêchers et pommiers.Au sol, pissenlits et pâquerettes sont en pleine floraison.Dans les haies le chèvrefeuille se mêle aux ronces et aubépine.Sur les talus, le chêne se réveille lentement, son feuillage est unmélange de vert, marron et miel.La terre, s'est elle aussi réchauffée, aussi c'est le moment de semer lesgraines de betteraves.Une fois la terre hersée, puis roulée, elle reçoit des petits sillonscreusés avec outil à trois dents.Les graines seront déposées dans chaque sillon.Plus tard, une fois levées, seules les meilleures plantes seront retenuesà l'occasion d'un sarclage.En bordure de la parcelle, sur une branche du chêne, un corbeaucouve.


Le printemps est bien avancé. Le moment des semis est arrivé. Le jour s'est levé à six heures, aussi les estomacs sont creux au moment où le soleil monte à midi. Il est à sa place, l'ombre des arbres en témoigne. Les oiseaux se sont enfoncés dans les feuillages pour y trouver la fraîcheur. Une seule parole, et le cheval a compris qu'il va être libéré de la charrue. Il peut brouter l'herbe tendre, le temps que le groupe se rassemble au bout du sillon. Chacun prend ses sabots à la main et les claque fortement, afin qu'ils libèrent des mottes d'argile. Le claquement ne manquera pas de rencontrer un écho venant des parcelles voisines.Par les sentiers et les chemins, toutes les familles vont converger vers le village, pour le repas.


L'hiver est bien oublié. Le printemps est à l'oeuvre. Dans les parcelles : Le colza semé en automne est au rendez-vous. Il sera précieux pour assurer la soudure hiver / printemps. Les premiers semis appellent déjà le binage ! La herse tirée sur par le cheval prépare le semis de bétteraves. Autour des parcelles : Les « griennes » proposent pissenlits et pâquerettes à volonté ! Un « Lannec » ancien offre un peu d'ajonc en fleurs. Sur les talus, le chêne n'est pas encore réveillé alors que les cerisiers sont en fleurs. Dans les haies, chèvrefeuille, noisetiers, aubépines et primevères sont également en fleurs. Le pommier laisse paraître à la fois feuilles et fleurs. Deux enfants ont découvert le nid du hibou dans un chêne creux. Une grand-mère vient de faire son premier tour de printemps. Un grand-père également de sortie, parle du printemps avec son voisin assis sur une brouette de colza. Oui l'hiver est bien oublié.


Cela se passait vers 1950, en Bretagne à Kerdaniel sur la commune de Languidic exactement.Le vendredi saint coïncide généralement avec le printemps. Bien sur les gelées matinales sont encore fréquentes mais la terre est bien réveillée. C'est donc le moment de préparer semis et plantations, il y a juste assez de fraicheur dans le sol et juste assez de chaleur en surface.La pomme de terre constituait la base de l'alimentation des familles et il était normal que toutes les personnes valides d'un foyer participent à la plantation.Une petite parcelle, contre les maisons, bien à l'abri d'un coup de froid en mai, voilà qui convient tout à fait à une première plantation, celle qui fera la soudure avec la récolte de plein champ fin septembre.Chaque jour, un panier sous le bras on viendra arracher juste ce qu'il faudra pour le prochain repas.Le vendredi saint était aussi la journée des nids ou plutôt des œufs. Dès le soleil levé, les enfants partaient à jeun, à la recherche des œufs de merle et de grives. Comme c'était également la journée des crêpes qu'elles belles fricassées en perspective.


Avec la progression du mois de mai, les journées se font de plus en plus tièdes. Le bocage tout entier se laisse envahir par la couleur verte aux nuances multiples. Les chênes tardent à se réveiller alors que leurs feuilles se confondent avec les chatons ambrés. Les pommiers se couvrent de fleurs plus ou moins roses alors que leurs jeunes feuilles semblent attendre que les fleurs profitent pleinement du soleil. Le trèfle incarnat est en pleine floraison, de loin son rouge bordeaux s’impose dans le paysage. Dommage que ces tâches rouges nous aient quittés avec le départ des chevaux. Dans les landes proches, la bruyère commence à rougir alors que les bouleaux ont retrouvé leur feuillage vert-tendre. Le blé-noir à peine semé commence à lever, se dépêchant ainsi de recouvrir le sol pour mieux neutraliser les graminées qui aimeraient profiter de ce mois de mai pour germer. Le seigle monte a vue d’œil et bientôt ses épis gris bleutés pourront rejoindre les branches des pommiers. Les plantations de pomme de terre commencent à fleurir, la pointe des tiges est tachetée de blanc, bleu clair, vert, jaune et violet. Les semis de betteraves demandent le binage tant les mauvaises herbes veulent occuper les sillons.


Les désherbants n'existaient pas à l'époque et encore moins les OGM !Une seule réponse une petite houe et un dos en bonne santé.Dès que la météo était rassurante il fallait réunir le plus de bras possible et prendre les sillons un par un.Les personnes les plus âgées étaient également mises à contribution, bien souvent elles se mettaient à genoux.Pour celles qui avançaient courbées de temps en temps elles se mettaient droites laissant ainsi leur dos souffler.Un peu de conversation par cette occasion était naturel.


En avril le bocage reste prudent. En effet, la lune rousse, peut à tout moment bloquer les bourgeons trop pressés ! Après Pâques, début mai, tout est permis : Prairies, talus, feuillages et semis s’installent dans le printemps. Le houx et le chêne prudents, à leur tour sortent timidement de leur sommeil hivernal. Les couvées n’ont rien à craindre, les insectes seront disponibles le moment venu. Dans les parcelles, alors que les pommiers font la roue, le binage va s’imposer. Le trèfle incarnant commence à fleurir alors que le Colza affiche son jaune vif et que le seigle libère ses épis. Dans les prairies proches, marguerites, orchidées, jacinthes, boutons d’or s’imposent à leur tour. Le printemps est là.


Chaleur et premiers orages sont là en ce début juin. Un temps idéal pour la multiplication rapide des larves du doryphore.A partir de 1947, enfin, les premiers traitements chimiques sont possibles.Les homes chargés d'un pulvérisateur à dos traitaient sillon par sillon.Au centre, le trèfle incarnat est en fleurs.Un couple bine un semis de betteraves car il n'est pas encore question de désherbants.En haut à droite le blé noir est déjà haut mais encore en fleurs.A la lisière des parcelles, le long des talus la digitale impose sa couleur pourprée.


Durant la dernière guerre, le Doryphore s'est généralisé.Les traitements phytosanitaires n'existaient pas encore en cette période où la pomme de terre était si précieuse en cas de pénurie. Dans ces conditions dramatiques tous les moyens étaient bons y compris l'appel à la solidarité. Ainsi, j'ai le souvenir d'avoir appartenu à une « descente » de l'école entière dans les champs de pommes de terre pour participer au sauvetage de ce qui pouvait encore l'être. Ce n'était pas une besogne réjouissante que de saisir ces larves pour les mettre dans une boîte avant de les brûler. Cependant cette mission devenait vite une grande récréation dès lors que nous avions échangé nos ardoises et crayons contre une sortie de plein air! Je n'ai jamais su à quelle rubrique était placée ce travail dans l'emploi du temps? Sport de plein air? Sciences naturelles? ou peut-être action civique?


Dans les années 50, il n'était pas encore question de faire appel aux désherbants. Ainsi, dès les premières chaleurs, les semis de choux, de betteraves et de pommes de terre devaient être régulièrement visités.
Une petite bineuse à six dents était tirée par un cheval expérimenté. Un enfant lui tenait la bride, et assurait la manœuvre délicate du retour en bout de parcelle.
La tâche était fatigante car le cheval imposait son pas. Pour se protéger les orteils, rien de mieux qu'une bonne paire de sabots de bois !
Derrière ce travail mécanique, il fallait, à la main, arracher les mauvaises herbes restées dans la rangée entre chaque plant.Comme le binage devait être exécuté par beau temps, toutes les personnes valides pouvaient y participer. Les plus vieux se mettaient à genoux.


Cela se passait à la mi-avril.
En effet le colza coïncidait avec le printemps, c'était une belle période- les vacances de pâques, les beaux jours et puis surtout les nids. Pour les enfants, tirer sur une brouette pilotée par un grand était un jeu car c'était l'occasion de s'identifier au cheval (à défaut de tracteur). Ce jeu prenait encore plus d'importance si c'était une grand-mère qui tenait les bras car l'enfant tirait véritablement. C'était donc à la fois un jeu et un travail sérieux- si sérieux même que la grand-mère commandait son « cheval » dans les termes utilisés par les grands et du coup l'enfant prenait le nom du cheval. Bien souvent, ce travail de l'enfant était « payé » d'avance, c'est à dire qu'à l'aller il prenait place dans la brouette ce qui n'était pas désagréable.


Le mois de mai vient de débuter. Les pommiers, tous ensemble, ont brusquement sonné le réveil de ce petit territoire. Autour des villages, en bordure des parcelles, tous ont revêtu leur habit de fête. Le vert tendre des premières feuilles est mêlé aux bourgeons à fruits. Ceux-ci sont plus ou moins blanc rosé et rouge profond. Petit à petit, les pétales vont tomber à côté les pâquerettes qui, elles aussi, associent du rose et du blanc. Chaque arbre est fier d’afficher sa différence, selon qu’il est hâtif ou tardif et qu’il produit des fruits plus ou moins rouges, jaunes ou blancs. Le reste du bocage est lui aussi en fête : haies, buissons, chênes, aubépines, genêts, jacinthes, primevères, orchidées, céréales, trèfle incarnat et violet, navette, semis de printemps... C’était avant 1950.
(*)* Quand le paysage était façonné par l’imbrication des cultures, friches et élevages.


Le mois de mai s’est imposé généreux. Partout ses fleurs promettent fruits et récoltes. Dans les parcelles : Le seigle affiche déjà ses jeunes épis. Dans les « griennes » les vaches « au/piquet » se partagent un festin d’herbe et de fleurs. Les premières fleurs bleutées sont visibles sur les plants de pomme de terre. Les betteraves recouvrent désormais le sillon. Le trèfle incarnat est fier de son rouge / bordeaux depuis avril, le cheval apprécie. Au second plan : Trois prairies naturelles se rejoignent en un point humide que la tourterelle a retenu pour son nid. Les grillons se font entendre toute la journée. Orchidées, jacinthes, cardamines, pâquerettes, boutons d’or et oseille sauvage, sont en fête, la prairie fait son foin. Dans la lande voisine : Alors que l’ajonc retient un peu de son jaune, c’est la bruyère qui va imposer son rouge / violacé. Un espace défriché se distingue avec son blé noir, par ses fleurs blanches et ses feuilles pâles. Le coupeur d’ajonc s’est retiré pour mieux retrouver ses mottes de litière en septembre.


En fin juin, autour de l'Ascension, voilà le moment que choisissait le trèfle incarnat pour fleurir. Sa couleur rouge sang de bœuf, si familière dans les parcelles jusqu'en 1950, s'est retirée avec le départ des chevaux de trait. Les pommiers, pour les plus tardifs d'entre eux, sont toujours garnis de leurs pétales rouges et blancs. Dans les sous-bois, là où la lumière peut pénétrer, les jacinthes sont si denses que le sol semble tapissé de bleu.Dans les friches, le genêt vient de prendre à son compte le jaune d'or que l'ajonc a bien voulu lui céder. Tous deux ont toujours ainsi collaboré en bons voisins, se partageant les terrains et le calendrier: l'ajonc s'installant là où le sol était composé de roches et pierres, laissant au genêt les sols plus profonds. Alors que la floraison du premier décline en Mai, le second prend le relais jusqu'en Juillet.
