

Dans la nuit, le gel a saisi l'humidité de la prairie.Le lavoir n'est donc pas fréquenté par les femmes du village.C'est donc le moment d'organiser une glissade dans ce coin tranquille loin des regards, à l'abri du vent d'est qui pince les oreilles.Une auge à cochon reformée fera une bonne luge et comme la pente est faible, deux bons "chevaux" devant tirent alors qu'à l'arrière un troisième pousse.Ainsi à tour de rôle chacun aura droit à une glissade quitte à aller finir dans les saules !Derrière la haie, on distingue le chantier du sabotier François.


De l'école au village ou du village à l'école il nous fallait traverser un espace étranger à nos propres champs, prés et landes.Cet espace échappait à la fois à l'autorité et au contrôle de l'instituteur et de nos parents.Il était notre espaces de liberté !Le matin, levés tôt, pas toujours bien réveillés, avec des leçons plus ou moins bien apprises il ne se passait pas grand chose.Le retour, une fois "lâchés" par l'école tout devenait possible.Grimper aux arbres, sauter les barrières, lâcher l'eau des lavoirs, organiser une partie de saute-moutons ou de tenets… Parmi nous un leader lançait généralement l'aventure sans pour autant la contrôler.Les plus petites ou les plus timides avaient le choix oui suivre ou rester avec les filles qui rentraient plus sagement à la maison.


Ce train reliait Josselin à Port-Louis, en passant par les gares de Baud, Languidic et Hennebont.Mis en exploitation après la guerre de 14-18, il s'arrêtera vers 1930. Ma mère l'a pris en 1927 pour aller passer les épreuves du Certificat d'Études à Hennebont.En traversant le bocage déjà si morcelé, de nombreuses petites parcelles furent divisées au point de les rendre inexploitables. On lui reprochait aussi de mettre le feu dans les landes qu'il traversait. Il allait si peu vite qu'il n'effrayait guère le bétail. Son passage à heures régulières fut exploité par les enfants pour mieux se repérer avec l'obligation d'arriver pour neuf heures à l'école. En montée, les garçons les plus hardis réussissaient à le rejoindre et à s'agripper au dernier wagon sur quelques centaines de mètres et ceci malgré les menaces du chauffeur qui n'était pas dupe.En été, bien souvent dans le village de mon grand-père, le train s'arrêtait le temps de laisser les vaches aller boire au ruisseau. Le règlement prévoyait une amende pour ce type d'obstruction. En réalité, le mécanicien acceptait une bolée de cidre, le temps que la voie se libère.


Nous sommes un dimanche matin du mois d'avril.Le printemps est là, l'herbe a repris sa couleur, cerisiers et aubépines sont en fleurs. Les gens arrivent des villages voisins. Le bedeau préposé tire tant qu'il peut sur la cloche. Pour ceux qui sont à la traîne dans les sentiers, il est temps de presser le pas. Avant d'entrer dans la chapelle on échange quelques paroles. Faire traîner la conversation est un moyen pour certains de se retrouver le plus loin possible du curé, tout au fond près de la sortie. Ils n'étaient pas mauvais chrétiens pour autant.D'autres se sont attardés, volontairement on non. Les villages étaient parfois éloignés de plusieurs kilomètres. Le matin, soigner les bêtes pouvait demander plusieurs heures. Et puis le trajet du village à la Chapelle était aussi l'occasion de vérifier l'avancée de la saison sur les champs et les prés.La chapelle en question, St Lucas à Kergonan, a aujourd'hui disparu. Elle a fait les frais de la rectification de la Nationale 24.


Plus qu'un retour, c'est la fin de l'année scolaire début juillet.
Ce jour-là mon ami Robert m'avait offert une place et quelle place.
Sur son dos, pas question de lâcher prise ni de l'étrangler.
La parcelle de seigle était fendue par notre sentier d'ou le plaisir, à toute vitesse, de passer ainsi au-dessus des épis !
Il s'agissait d'une parcelle gagnée récemment sur la lande par le défrichage et en dépit des menaces du propriétaire nous n'avons jamais renoncé au tracé initial de notre sentier !
Dès que le champ était labouré, nos sabots de bois reprenaient leur droit.
Le petit village que nous traversions s'appelait Kreiz Koad (milieu de bois).


C'est le printemps, les sentiers de traverse deviennent praticables.Ce sentier passe par une zone très humideLe talus laisse de part et d'autre des "flourennes".Le ruisseau est franchi en sautant d'une pierre à l'autre c'est un gué sommaire.Sur le talus, les racines des chênes délimitent et repèrent les pas.Si le gué est particulièrement lagre c'est pour mieux retenir l'eau quand les vaches viendront à s'abreuver en été.Les adultes observent que tout se passe bien y compris pour les plus petits. Ils profitent ( !) pour faire des recommandations à propos de la barrière trop souvent laissée ouverte après le passage.


A partir de 1950, avec le remembrement, nos petits sentiers seront effacés, inutiles. Depuis le village vers les champs, la brouette était présente au quotidien, vide ou pleine. Les chemins creux étaient réservés au passage des charrettes. De village à village, les échanges multiples passaient par le sentier ; Pour rejoindre l’école, la boulangerie ou l’épicier, visiter un parent, un malade, chercher un outil, faire une commission. Il était également fréquenté par les intervenants extérieurs, artisans, journaliers, indigents et aveugles. En réalité la saison faisait le sentier. Au printemps, il était sec, beau et gai ! En été, les enfants tenaient à la main les sabots pour le pratiquer pieds- nus ! En automne, encore sec, il offrait fruits (pommes -poires) et champignons ! En hiver hélas, la boue posait problème pour les enfants.


Début octobre, les enfants retrouvent le chemin de l’école. Les grandes vacances sont terminées. Les sentiers sont secs alors que les chemins creux n’ont pas encore retrouvé les pluies de l’automne. Tout au long du chemin, les pommes de toutes les couleurs sont à point. Il était admis que les enfants se servent au passage, garnissant ainsi leur musette pour la journée. Les prairies ayant tout l’été accueilli les enfants et leurs troupeaux sont désormais en pause, laissant ainsi les chaumes offrir leur pâture. Entre la faucheuse de juillet et la charrue de novembre, le printemps de la Saint-Michel est là lumineux et coloré. Après le seigle, l’avoine et le blé place à la camomille, à la pensée sauvage et à la ravenelle. Ici ou là, les parcelles semées au printemps proposent le jaune de la betterave, le violet des navets et le bleu pâle du choux fourrager. Les productions actuelles et la mécanisation ont effacé le printemps de la Saint-Michel.


C'est l'hiver, les sentiers et chemins creux sont très sombres.Il est à peine sept heures du matin.Les passages difficiles ne manquent pas : barrières, talus, ruisseaux etornières pleines de boue.Plus de sept kilomètres séparent le village du bourg.En hiver, il n'est pas question de traverser les friches ou les landespour gagner du temps.Il était recommandé de faire le chemin passant par les villages quitte àdevoir affronter l'agressivité des chiens.Au départ, alors qu'il fait encore nuit le phanal allumé s'imposait.Il sera déposé dans un village pour être rallumé la nuit tombée sur lechemin du retour.Sur les talus les chênes creux impressionnaient : le ventre ouvert ! Lesbranches comme des bras levés n'étaient pas d'une compagnie àrassurer ces deux enfants de 8 à 10 ans.Cela se passait vers 1917 et 1920.A peine mon père avait-il découvert l'école de la république à 3/4 kmsde son village qu'il fut obligé de rejoindre « l'école du bon dieu »située à 7 kms du bourg !En effet le propriétaire de l'exploitation ou mon grand-père étaitfermier imposa à celui-ci de retirer sans délai son fils de « l'école dudiable » !Jamais mon père n'a pardonné à mon grand-père cette faiblesse.


L'hiver est là et les enfants des écoles ont besoin d'une soupe chaude.A Kergonan, il ne s'agit pas d'une véritable cantine mais d'un café qui s'est porté volontaire pour servir la soupe à midi.Dans son sac chaque enfant avait un torchon contenant son pain blanc coupé en fines tranches.Les bols et cuillères étaient à disposition sur place.Les enfants se présentaient en colonne, tenant le bol à la main pour recevoir la louchée de soupe.Une fois servis ils se dispersaient.En cas de mauvais temps ils s'installaient dans le café.Mon grand-père assis sur le bord de la fenêtre le bâton à la main maintenait la discipline.La soupe avalée, chacun plongeait dans son sac où il disposait d'une tartine beurée, quelques pommes et parfois des châtaignes cuites à l'eau.La cantine cessait avec les beaux jours autour de Pâques. Le repas froid était de rigueur, le plus souvent un œuf dur et une tartine.


A l'époque du bocage serré d'avant le remembrement, chercher, voire, dénicher les nids était un jeu dans lequel l'oiseau avait de bonnes chances de s'en sortir.L'homme n'était pas le prédateur principal bien loin de là.Il se contentait de prélever les œufs qui méritaient d'être consommés. Ceux des merles et grives en particulier de taille raisonnable et d'accès sans danger car placés à moins de deux mètres de hauteur.Chaque oiseau se déterminait par rapport à un micro climat qui lui convenait ainsi que le support habituel tel : racines, souche, branches, talus, ajonc, aubépine, saule etc.Ainsi pour un bon chercheur de nos il fallait avant tout se mettre à la place de l'oiseau et, imaginer l'endroit, l'exposition que l'oiseau lui-même aurait choisi.Une telle connaissance passait forcément par l'observation et l'expérience.Une fois le nid repéré, il était naturel de faire la relation entre le comportement de l'oiseau à tel ou tel moment de la journée et le stade d'avancement du nid, de la ponte, couvaison puis de la nichée.
