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La journée s'achève, mais le soleil est encore dans le ciel. Demain, la batteuse ne quittera pas le village, le beau temps est assuré pour quelques journées.
Toutes les conditions sont réunies pour une récréation avant le repas du soir. Les équipes se forment, les paris sont pris et la corde se trouve au milieu de l'aire à battre. Les moins jeunes se tiennent à l'écart et le spectacle est garanti. Le départ est à peine donné que chaque groupe se met à crier le plus fort possible pour mieux soutenir son camp. Ho hisse ! Ho hisse ! Ho hisse ! Après quelques parties, une bombarde, voire un accordéon prendront la place de la corde le temps de quelques danses et, bien sûr, les femmes seront invitées. Fatigue et poussière sont oubliées.


Les saules séparent les deux versants. D'un côté, la lande avec sa bruyère en pleine floraison, de l'autre, des prairies humides qui ne permettent pas l'utilisation d'une faucheuse mécanique. C'est un travail pénible que de tirer sur la faux une matinée entière. Dès le lever du soleil, il faut tirer profit de la fraîcheur d'une rosée abondante. Vers les neuf heures, la femme arrive après avoir écrémé son lait, baratté et mis sa maison en ordre. Elle se présente avec son panier garni de lard, de pain, d'omelette etde cidre bouché, de quoi « relancer » les faucheurs. Un très bon moment, dans le parfum du foin fraîchement coupé .Après cette pause, les hommes vont reprendre leur faux jusqu'à midi. La femme épandra le foin afin qu'il profite bien du soleil. L'après-midi, la prairie sera abandonnée au profit des parcelles qu'il faut biner. Demain, le foin sera retourné en fin de matinée si le soleil est de la partie ; il devrait rejoindre le grenier le jour suivant.


Ces prairies sont situées de part et d'autre d'un petit ruisseau, non loin de la vallée de l'Evel. Humides et en pente, elles n'ont jamais connu la faucheuse mécanique. Un beau matin de juin, autour de la Saint-Jean, vers six heures, les faucheurs sont arrivés, leur faux sur l'épaule. Le beau temps est annoncé et la rosée du matin facilitera le travail de la lame. C'est néanmoins un travail difficile ; aussi, la présence des voisins donnait à tous du courage. Vers 9 heures, le soleil est déjà haut dans les arbres et la pause s'organise. Les femmes, après leurs travaux à la maison et à l'étable, ont rejoint le chantier. Elles sont venues avec leur fourche en bois, mais plus encore avec un panier garni d'une omelette et d'une bouteille de cidre bouché. Durant ce petit repas, les prairies étaient si petites que la conversation s'organisait d'un groupe à l'autre et, avant la reprise des faux, chacun invitait l'autre à venir goûter son cidre. Les hommes reprenaient les faux jusqu'à midi, tandis que les femmes étendaient le foin avec leur fourche.


Nous sommes en Juillet ! Les journées de travail sont terriblement longues : 15 à 16 heures ne sont pas de trop quand il s'agit de mettre à profit le beau temps ! Une pause, même rapide après le repas de midi, une manière de mettre bout à bout l'équivalent de deux petites journées, ne sera pas de refus. Durant cette pause, certains font une courte sieste, tandis que d'autres s'occupent tout en bavardant.
Le soleil est haut dans le ciel et l'ombre d'un pommier fait très bien l'affaire. Nous sommes en pleine moisson blanche, c'est-à-dire la moisson d'avoine pour les chevaux ; le seigle servait à la fabrication du pain noir et des bouillies, le blé à l'élaboration du pain blanc et des gâteaux.
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Les grandes vacances d’été viennent de commencer. Un moment très apprécié par les enfants.
Durant deux mois, ils vont profiter pleinement des longues journées ensoleillées dans les champs et prairies. Les cerises sauvages vont contribuer à cette fête.
Dans la prairie, fourches et râteaux rassemblent le foin qui va rejoindre le grenier en fin de journée. Le temps ne menace pas, aussi, une « pause cerises » peut s’organiser. Très rapidement, les pieds nus, un enfant a grimpé au sommet d’un cerisier. Il va casser de petites branches bien garnies qu’il lancera vers les femmes qui vont se charger de la distribution.
Ce cerisier n’a pas été choisi par hasard : en effet, sur les talus, bien souvent cerisiers et chênes étaient entremêlés. Dès l’âge de 6 ans, les enfants savaient ainsi utiliser le chêne têtard comme une échelle pour s’installer sans risques au cœur du cerisier.


Un dimanche après-midi ? Un jour de pluie ? Rien ne presse dans les champs, alors l'occasion est bonne de faire tourner le verre au front d'une bonne barrique ! Ce n'était guère la place des enfants ; cependant, il nous arrivait discrètement de nous mettre à l'affût, les oreilles bien ouvertes, le temps d'entendre des histoires d'hommes ! Les dérapages n'étaient pas rares. Un premier avertissement était lancé par un enfant dépêché pour dire que le cheval avait besoin de son maître ; le second avertissement, plus ou moins ferme, arrivait par la femme elle-même. Si la situation dérapait, cette fois, la relance se faisait sous la menace d'un bâton !


A partir de Pâques, avec les beaux jours, les pardons sont fréquents. Les bohémiens en profitent pour se déplacer et s'installer dans les bourgs concernés. C'est pour eux l'occasion de participer à la fête en présentant un stand leur laissant une maigre recette. A côté d'un casse-boîte, les ânes et les chèvres, par un numéro souvent sommaire, permettent de fixer les curieux.
Sur la toile, la destination serait le pardon de Saint-Mathurin à Quistinic, en passant par Pont-Augan. La descente vers la vallée du Blavet n'était pas sans risque, aussi toutes les personnes valides étaient mobilisées pour retenir les roulottes pas toujours en bon état. C'est début juin, le binage bat son plein dans les parcelles ; cependant, pour un tel spectacle, la pause est appréciée. Les genêts sont toujours en fleurs alors que le blé noir vient de lever.


Dans les champs, il était naturel de s'arrêter un instant dès que l'on croisait sur son chemin un voisin. D'abord pour souffler et ensuite évoquer le temps qu'il fait ou qu'il va faire. Le cheval aimait bien cet instant. La tête basse, il se repose. Et la conversation ne lui est pas désagréable. Ce n'est pas seulement une conversation entre hommes, il est normal que la femme y participe.
La position assise s'imposait souvent dans les chemins creux qui, en hiver, ne permettaient pas de marcher à côté de son cheval. Cela voulait dire aussi qu'à la moindre parole, le cheval était capable de s'arrêter évitant ainsi que son maître ne passe sous la roue !


Cela se passait sur la Nationale 24 qui longeait l'école primaire de Kergonan.
Les véhicules étaient si rares à l'époque qu'il n'y avait aucun risque à occuper toute la route. Les sabots de bois faisaient merveille, à condition de ne pas être cloutés bien sûr. Les garçons les plus hardis préparaient la piste, la neige se transformait en glace. Les "gamelles" étaient fréquentes mais nos pantalons cachaient les traces !
Quant aux enfants moins adroits avec les jambes, une bonne bataille à coup de boules de neige leur réchauffait mains et oreilles.


Un moment bien agréable à l'occasion des foins !
Les journées sont longues à cette époque de l'année et une pause sera la bienvenue !
Tout à côté des bâtiments de ferme, il y avait toujours un ou deux cerisiers. Les enfants grimpaient les pieds nus, coupaient les branches les plus fournies et les jetaient vers les femmes qui les attendaient, le tablier ouvert.
Il restait à faire la distribution à toutes les personnes rassemblées là pour se reposer, bavarder ou battre la faux. Les voisins pouvaient participer à cette petite fête.
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L'arrivée du chemin de fer dans les campagnes a constitué une véritable révolution. La scène se déroule en 1874 ; mon grand-père, né en 1867, s'était fait accompagner pour le spectacle alors qu'il avait sept ans.
Un tunnel perforait la colline séparant le Blavet de l'Evel, au lieu dit Trémorin. En débouchant de ce tunnel, le train, dans un bruit infernal, soufflait une forte fumée. Tantôt apprécié tantôt critiqué, le train sera vite dépassé par l'automobile. Il était apprécié pour se rendre au marché d'Hennebont, critiqué par sa pratique de la ligne droite qui mettait à mal tout le bocage (parcelles, chemins, sentiers). Respectueux des horaires, il était une indication utile y compris pour les enfants se rendant à l'école. Quand il arrivait du nord, mon grand-père était attentif à l'intensité du bruit qu'il faisait. Il mesurait ainsi l'évolution des vents qui passaient de la mer à l'est.


Si la pause est nécessaire, il n'est pas question pour autant d'abandonner son outil : il pourrait se refroidir !
Le sabot de bois faisait office de siège et sa rigidité supportait parfaitement le poids du corps. A défaut d'un outil pouvant supporter son poids, ce débroussailleur est assis sur ses deux sabots ; les pointes bien séparées font un trépied avec les genoux.


Si la pause est nécessaire, il n'est pas question pour autant d'abandonner son outil :il pourrait se refroidir !
Le sabot de bois faisait office de siège et sa rigidité supportait parfaitement le poids du corps. Le râteau, ainsi placé, permet de répartir idéalement le poids du corps. Le sol est sec, aussi les deux genoux trouveront leur bonheur dans la souplesse du foin.


Si la pause est nécessaire, il n'est pas question pour autant d'abandonner son outil : il pourrait se refroidir ! Le sabot de bois faisait office de siège, sa rigidité supportait parfaitement le poids du corps. Un sabot suffit pour cet homme, et sa houe, bien placée, donne la stabilité et l'équilibre nécessaires.
