

Une zone humide de part et d'autre d'un petit ruisseau le tout adossé à une lande.Près de la source du ruisseau, un lavoir où les femmes du village voisin venaient avec leur brouette faire la lessive.S'agissant d'une tourbière, le bétail pouvait y venir en pâture libre prolongeant ainsi la lande elle-même en communauté.En hiver les vaches évitaient cette zone à la fois humide et froide, préférant la lande. Dès le printemps au contraire l'herbe y était plus précoce et plus généreuse.Il s'agissait d'une zone singulière par son microclimat et sa diversité – ajonc – jonc, bruyère, genets …Nos petites vaches bretonnes disparaissaient dans ce système végétal ainsi il nous fallait régulièrement vérifier leur présence.


C’est la mi-avril. La prairie, bien à l’abri connaît déjà le printemps. L’herbe nouvelle, encore tendre est bien visible. Les primevères illuminent les talus, alors que les jacinthes et orchidées sont encore timides. Les saules sont depuis février recouverts de chatons argentés. Les noisetiers ont fait de même dès janvier. Les chênes, comme chaque année gardent leur sommeil hivernal ; rien ne presse pour eux. Au delà de la prairie, la tourbière encore froide prépare son réveil. Quelques bouleaux l’annoncent car comme chaque année le premier mai ils devront offrir leurs rameaux que l’on accrochera aux puits des villages. Au sol, les bruyères, mousses, lichens, molinies et graminées vont désormais profiter des journées plus tièdes et plus lumineuses pour retrouver leur habit de printemps. Le corbeau a posé son nid sur le sommet d’un chêne têtard. Bientôt ses oisillons seront en bonne place pour profiter du réveil de cette tourbière.


Un moment rare dans un lieu rare ! Ici, une friche boisée rencontre une zone humide tourbeuse. Octobre s’achève. Toutes les couleurs de l’automne occupent les feuillages de la friche boisée. La zone humide après avoir été asséchée par la chaleur des mois d’été retrouve fraîcheur et humidité. Mousses, ajonc, bruyère et graminées reprennent de la couleur. Le bétail ne manque pas d’en profiter alors que l’eau recouvrira bientôt cette surface. Le long des talus, il faut se dépêcher de récolter la litière car très vite, il ne sera plus possible de venir ici en sabots de bois. Les chênes maigres vont à leur tour abandonner leurs dernières feuilles. L’hiver est proche, ce lieu va retrouver son sommeil.


Le bouleau ne laisse le soin à personne d'annoncer le printemps.Dans les taillis, les jeunes chênes sont priés de poursuivre leursommeil, leur tour viendra.A l'inverse, les quelques cerisiers semés ici ou là par les oiseauxn'hésitent pas à montrer leurs fleurs blanches.Le bouleau impose son feuillage vert clair, tout en laissant apparaitreun peu de blancheur plus ou moins rose sur les troncs et les branchesprincipales.Le premier mai sera sa fête.Il offrira ses fines branches qui une fois bénies seront placées là où saprotection sera utile.• Dans les parcelles où de bonnes récoltes sont espérées.• Sur les puits en pierre afin que tout l'été son eau fraiche soitprésente.• Sur les façades des maisons afin de tenir éloigné le risqued'incendie qui détruirait les toits en chaume.L'été arrivant, ses fines feuilles se laisseront brunir par le soleil.En septembre il retrouvera de la couleur ; du jaune pâle qui illumineraà nouveau les taillis.


Septembre a fait son travail. Sur cette zone humide, quelques bouleaux ici ou là semblent plantés sur des ilots de bruyère alors que leurs racines en surface trouvent l’humidité nécessaire. La bruyère n’a pas résisté au soleil de l’été, elle a abandonné son rouge carmin pour se contenter d’un ton de rouille. Le feuillage des bouleaux retrouve son jaune-brun lumineux. Pas pour longtemps, ses petites feuilles légères vont bientôt tomber au sol. Il faut se dépêcher de saisir ce moment car très vite, le vent de l’automne passera et l’arbre se laissera dépouiller pour mieux laisser voir ses petites branches fines violacées qu’il saura garder jusqu’au printemps prochain. A la lisière du bois de sapins, une buse perchée sur un piquet attend tranquillement qu’une proie s’offre à elle.


Ce petit paysage de friches résume bien ces zones faisant la liaison entre parcelles cultivées et prairies naturelles.Au fond la lande vient finir sur des talus bas garnis de maigres chênes têtard.Au premier plan, bruyère et ajonc se mêlent.A droite l'on distingue l'amorce d'une prairie envahie de joncs.Au milieu, un taillis de bouleaux vient rejoindre la tourbière inondable. Les bouleaux aiment ces tourbières, leurs racines en surface profitent de la présence ou non d'un peu d'eau.Alors que leurs fines brindilles abandonnent les petites feuilles jaunies par l'automne, les troncs et branches retiennent un peu de neige fraîchement tombée dans la nuit.Dans ce paysage qui durera quelques heures seulement, tout est si léger et si fragile à la fois.


L'automne s'est bien installé.Les arbres abandonnent progressivement leurs feuilles.Dans les champs, les semailles sont achevées.- L'émondage des arbres sera pour plus tard, quand la sève sera descendue.- Dans les friches c'est le moment de "récolter" les litières destinées aux étables :Feuilles mortes, fougères, bruyère feront un excellent mélange.- Les gelées arriveront en décembre, cela donnera l'occasion de balayer les prairies pour les débarrasser des feuilles poussées par le vent.Les nuits sont fraiches, aussi tourbières et prairies se laissent recouvrir d'une brume si légère qu'elle semble flotter.


Le bouleau aime les sols humides et frais.Comme ses racines demeurent à la surface du sol les zones inondables comme les tourbières lui conviennent parfaitement.Avec la complicité de la bruyère il sait aussi autour de son pied construire un îlot qui émerge de l'eau dormante.En novembre alors qu'il a abandonné ses petites feuilles, ses branches fines prennent un ton violacé ! De loin il semble ainsi continuer à disposer d'un feuillage.De nos jours là où prairies humides et taillis ont encore la chance de se rejoindre avec la complicité d'un talus et d'un ruisseau, de tels écosystèmes continuent de vivre.Un modèle de biodiversité.
