Les sardines arrivent

Nous sommes en juillet. La moisson bat son plein, le seigle est déjà en meules sur l'aire à battre. Les journées sont si longues qu'il est naturel de faire une pause autour de 17 heures, le temps de traire les vaches, d'alimenter les porcs, de faire une petite collation. Les sardines fraîches grillées étaient appréciées, mais hélas ! les arrivages étaient aléatoires. La poissonnière, une veille dame, s'était le matin approvisionnée à la criée de Lorient, puis avait pris l'autocar qui la conduisait dans un hameau où sa petite charrette (un vieux landau) attendait. C'était le point de départ de sa petite tournée. A l'ombre des pommiers, nous devions attendre parfois des heures et, dès qu'elle avait lâché son cri dans le village précédent, nous pouvions alors prévenir nos parents que les sardines étaient sur le point d'arriver. Nous l'accompagnions jusqu'à nos maisons tout en l'aidant à pousser ce petit chargement. Les sardines étaient recouvertes de branches de châtaigner tandis qu'un nuage de mouches accompagnait le tout. Nous appelions "Mari lous" ("Marie sale") cette pauvre poissonnière qui nous rendait pourtant bien service.