Je veux parler du cadran solaire du pauvre, celui que chaque paysan retrouve à chaque fois qu'il vient travailler dans son champ.
Son mécanisme est simple et mystérieux à la fois. Il ne sait pas diviser la journée en heures et en minutes, il se contente d'accompagner la progression du soleil, exprimant discrètement la rencontre du temps qui passe et du temps qu'il fait. Et même, pour les plus avertis, il livre le temps qu'il fera demain !
Vous souhaitez connaître l'heure ? Mesurez l'ombre des cimes, observez les pâquerettes, les taupes, les grillons, le merle...Vous souhaitez comprendre le temps qu'il fait ? Il vous faut interroger la grive, les feuilles de choux, la fougère, l'abeille.
Pour le temps qui se prépare, écoutez le pic-vert, regardez le crapaud, le rouge-gorge, le scarabée, ou la brume qui se forme.
Il arrive que le paysan, non satisfait, réclame trop fortement le temps qu'il souhaite : il risque fort de déclencher la tempête du Diable, qui n'attendait que cette occasion.
Après ce péché de gourmandise, il lui restera à prier : Dieu lui pardonnera et ne manquera pas d'envoyer ses anges, chargés de douceur et de belles récoltes.